| La présidence et l'action actuelle du collège : encore la stabilité |
|
|
|
La présidence, attachée à telle ou telle séance, s'exerce de facto d'une séance à l'autre pour la conduite des affaires ordinaires, même si, du 14 novembre 1912 au décès du comte Théodore de Villers le 19 janvier 1926, président pendant cette période, le principe de la poursuite quasi d'office de la fonction a été appliqué après décision collégiale.
Cette façon de faire, que l'on abandonnera «réglementairement» le 16 novembre 1926, rejoignait semble-t-il le vœu de la fondatrice selon lequel « il remplira ces fonctions [de président] tant et si longtemps que deux tiers au moins de l'assemblée ne se réunira pas pour en demander un autre (15) ». Douze présidents de la famille, en plus de présidents de séance occasionnels ou intérimaires (16), ont orienté, sur près de deux cents ans, l'action de la fondation. Ils sont plusieurs à avoir œuvré près de vingt-cinq ans, ce qui est appréciable pour la connaissance des affaires. Un seul -le premier- a fonctionné moins d'une dizaine d'années. Celui-ci, Henry-Claude de Namur, vicomte d'Elzée, avait été choisi en tant que -jeune!- doyen d'âge. Il présida plusieurs séances en l'absence des autorités namuroises, de juin 1812 à mars 1815. Né à Namur et baptisé le 15 mai 1749, licencié en droit à l'université de Louvain en 1772, il a été chambellan de l'empereur d'Autriche vers 1775, membre de l'État noble de Namur, membre de l'ordre équestre en 1816 et son député aux états provinciaux. Dans un rapport du 11 décembre 1814 destiné à éclairer le nouveau souverain Guillaume des Pays-Bas, l'Intendant départemental de Sambre et Meuse, De Bruges, dit de lui qu'il est « bien intentionné, attaché à l'ordre actuel des choses, homme jouissant d'une grande considération à cause de sa fortune et de sa naissance. Il ne manque pas d'instruction. Il est issu des anciens comtes de Namur, d'une famille chapitrale, ancien député de l'État noble de Namur, propre aux emplois administratifs et honorifiques ». Quelques mois plus tard, le 17 juillet 1815, l'intendant le redéfinit de la sorte : « beaucoup de vivacité dans l'esprit, des connoissances, de caractère un peu contrariant [...]. Plusieurs fois député des États, membre du collège électoral du département de Sambre-et-Meuse ». Henry-Claude de Namur mourut à Dhuy le 29 avril 1819. Il était père de Constant-Claude, reconnu comme parent avec lui à la première assemblée (Fig.10). Lui succéda, de mai 1815 ànovembre 1847, le comte (Florimond) de Quarré, né à Namur en 1765, le 1er août. Celui-ci s'était engagé dans l'armée brabançonne lors de la révolution du même nom et y servit comme aide de camp. 1815 le vit prodiguer ses soins aux blessés allemands de Waterloo transportés à Namur, d'où il se vit récompensé par la croix de l'Aigle rouge. Toujours prêt à se dé¬penser, il est membre du Congrès national en 1830 puis entre au Sénat en 1831 où il siège jusqu'à renoncer pour son grand âge en 1848. Ses qualités avaient été notées - avec quelques nuances - par le baron d'Anethan, intendant de la Dyle, dans son rapport pour le même gouvernement hollandais, le 21 janvier 1815. Il y est repris parmi les plus imposés du département de la Dyle à l'époque et ainsi décrit : « propriétaire, membre du conseil municipal de Bruxelles. D n'a jamais aimé le gouvernement français. Considéré par le zèle sans bornes et les nombreux bienfaits qu'il porte à l'établissement de charité, établi à l'ancien couvent des Ursulines [à Bruxelles apparemment] en faveur des vieillards indigens. Il est comte. Il a de l'esprit et des connaissances, mais il est verbeux et diffus en affaires [... ! ] ». Johan Gijsbert Verstolk de Soelen, Commissaire Général à Liège, ajoute le 10 août : «très riche, aiant ses propriétés près de Namur». Non allié, dernier du nom, il mourut à Bruxelles le 2 octobre 1852. C'est ensuite, après deux intérims de 1848, au vicomte (Pierre-Charles) Desmanet de Biesme que revient la présidence, de mai 1849 à mai 1863. Il était né à Namur le 27 janvier 1793. Chambellan du Roi sous les Hollandais dès 1825, il est membre de l'ordre équestre de Namur depuis 1826. Membre du Congrès national en 1830, il fut appelé à siéger à la Chambre des Représentants, au Sénat et au Conseil des Mines. Il mourut à Bruxelles le 28 mars 1865. De mai 1864 à novembre 1874, le comte ( Prosper ) de Ribaucourt ( 1796-882 ) (Fig.ll) remplit cette charge, remplacé, pendant deux séances en 1866 et 1871, par le baron (Ferdinand) de Woelmont (1815-1875) (Fig.12). Après trois séances d'intérim évoquées en note, le baron (Gustave) du Fontbaré de Fumai, né à Liège le 26 février 1829, entame, vers les quarante-cinq ans, en novembre 1876, une présidence qu'il mènera jusqu'à novembre 1899, décédant à Fumai dont il était bourgmestre, le 19 mars 1900 (Fig.13). Puis vient le comte (Théodore) de Villers (de Waroux). Né à Bruxelles le 26 mars 1846, il aura été président de mai 1900 à novembre 1925, soit donc vingt-six ans, mourant à Conneux le 19 janvier 1926. À cette date, la Commission d'Assistance publique écrira à l'Assemblée des collateurs son « souvenir ému des excel¬lentes relations entretenues avec le défunt à l'occasion de la gestion de l'hospice d'Harscamp ». Cette période est concernée, entre autres, par la situation de la fo¬rêt de Montigny-sur-Meuse où se vendent habituellement des coupes de taillis. Le rapport présenté le 16 mai 1906 attire l'attention sur le fait que « la crise qui frappe depuis plusieurs années le commerce d'écorces (17) est la cause de l'importante diminution des revenus de cette forêt ». Le 17 novembre 1913, on projette l'aliénation de ce bien, des pourparlers étant établis avec la société Bernheim. Le 17 mai 1915, le baron de Thysebaert demande une visite des lieux, à l'effet de constater leur état depuis la guerre (18). Les ventes de coupes 1917 et autres étaient sujettes à autorisation de l'autorité occupante. À la même époque (16 novembre 1906), on parle du projet de « chauffage par la vapeur de l'Hospice d'Harscamps », on installe l'éclairage électrique à l'Hôtel et on réalise d'importants et productifs travaux d'assèchement des bâtiments de l'hospice par le système « Knapen » (19) : les boiseries nouvelles se consumaient, « les chaussures moisissaient, le linge et toutes les provisions se gâtaient à vue d'œil ». La première guerre apporte son lot de contraintes à la vie quotidienne des pensionnaires : limitations temporaires des sorties, restrictions alimentaires... Le rapport du directeur, le 16 novembre 1914, signale toutefois que le bombardement de Namur en 1914 n'avait causé aucun dommage sérieux aux bâtiments. Le comte (Louis) de Bergeyck, né à Anvers le 14 mai 1871, prend la relève une douzaine d'années de novembre 1926 à novembre 1938. Docteur en droit, sénateur, ancien gouverneur de la province d'Anvers, il est mort dans sa ville natale le 20 décembre 1938 (Fig.14), en cours de mandat comme ses deux prédécesseurs immédiats. Après lui, de mai 1939 à novembre 1950, c'est le marquis (Othon) de Trazegnies qui assure la présidence. Il a alors la septantaine. Né à Corroy le 9 novembre 1868, lieutenant-colonel honoraire de cavalerie, membre du comité d'honneur de l'Association de la Noblesse du Royaume de Belgique, il est mort à Corroy le 23 mars 1957 (Fig.15). L'entrée en guerre, le 10 mai 1940, avait suivi de près sa prise de charge. Cette guerre et ses suites ont été la toile de fond de son mandat. Le 16 mai 1940, on ne s'était pas réunis. Le 16 novembre, on envisage des renouvellements de toiture à l'hospice, « entreprise devenue plus urgente depuis le sautage du Pont de France (20)». Le bombardement aérien de Namur, le 18 août 1944 vers 18 heures, occasionne d'importants dégâts aux constructions, éventrant les toitures, ébranlant le tout, particulièrement l'infirmerie, et surtout faisant trente tués. Parmi ceux-ci, le baron Ferdinand de Thysebaert qui s'y trouvait à ce moment. Les pensionnaires sont alors dirigés vers Franc Waret, propriété de la famille d'Andigné, où ils sont momentanément hébergés au château. Le vicomte -qui deviendra comte- (Jean) de Villers de Waroux est né à Leeuw-Saint-Pierre le 22 août 1884. Il est responsable de mai 1951 à mai 1961, date à laquelle il se retire pour raisons de santé (21). À cette occasion, le nouveau président élu rappelait que c'était sous sa présidence et grâce à la collaboration de tous que la Fondation avait pu « vaincre ses difficultés et assurer sa survivance dans d'excellentes conditions ». Volontaire de guerre et croix de guerre 1914-1918, ancien bourgmestre de Conneux, il décédera à Conneux le 25 août 1965 (Fig.16). Son fils Henri, collateur, né en 1913, était décédé en service commandé le 13 octobre 1939, créant une vive émotion. En novembre 1961, le baron (Charles) de Montpellier de Vedrin, collateur depuis 1925, père de l'actuel président, entame un mandat qui le mènera jusqu'à une dernière présidence de séance en mai 1977 (Fig.17). Né à Namur le 31 mai 1896, volontaire de guerre à dix-huit ans et croix de guerre 1914-1918, il avait participé au corps expéditionnaire belge des autos canons mitrailleuses en Russie opérations contre l'Autriche). La Révolution russe avait mis fin à cette campagne, provoquant le retour des volontaires sur le front de l'Yser22. Il est mort le 16 mars 1983. Président suivant, le baron (Philippe) de Thysebaert a été reçu comme collateur le 16 mai 1930, à l'âge de 21 ans. Licencié en sciences commerciales et consulaires, capitaine-commandant de réserve honoraire au 2e régiment de chasseurs à cheval, il a été prisonnier de guerre de 1940 à 1945 et membre de la Commission d'Assistance publique pendant vingt-trois ans, du 23 février 1948 au 30 juin 1971. Il prend fonction en novembre 1979, assurant jusqu'en mai 2004, c'est-à-dire pendant lui aussi un quart de siècle, les responsabilités de la Fondation. Il poursuit, depuis, sa collaboration en tant que membre. À son retour de captivité, il avait été présent à la séance du 16 mai 1945. Il reprit alors jusqu'en juin 1992, les fonctions de secré¬taire tenues par son père depuis 1918. Comme membre du C.P.A.S. et secrétaire puis président de la Fondation, il a été partie prenante de toute l'action visant à assainir une situation financière qui était déjà difficile dans la décennie précédant la guerre de 40, situation lourdement aggravée encore par les répercussions matérielles des bombardements de 4423. C'est chose faite au début des années 1950 : au cours de l'exercice 1952, les revenus seront jugés suffisants pour faire face aux obligations, c'est-à-dire pour lors assumer l'entretien de 21 pensionnaires au taux de 65 francs par jour, la Commission assumant, elle, les frais d'exploitation de l'hospice depuis cette époque (24). Il était, avec le comité restreint de la Fondation, de la négociation qui avait conduit à ce redressement par la vente de l'hospice à la Commission, de telle sorte que celle-ci pût y édifier un nouveau complexe à partir de 1955. Cette formule d'accord par désaffectation partielle du patrimoine de la Fondation au profit de l'Assistance publique, avait déjà été proposée par la Commission en novembre 1944 (25). Sous la présidence du baron de Montpellier, le 21 octobre 1962, avait été célébré le 150e anniversaire de la Fondation, avec dépôt d'une couronne de fleurs au pied du monument érigé à la mémoire d'Isabelle Brunelle au cimetière de Sart d'Avril. En ville, l'hôtel d'Harscamp, libre d'occupation depuis le 1 novembre 1968 et source de frais, était vendu en décembre 1974 à une société immobilière. Son prix de vente serait réinjecté dans l'achat d'une part importante de la Résidence Saint-Georges à Salzinnes26. Le 16 novembre 1977 était présenté et voté un projet de mise à jour des conditions d'admission des pensionnaires27. En novembre 1993, suite à une demande de la famille de Léocadie de Villers, l'Assemblée acceptait que lui soit confiée la situation des candidats pensionnaires de la Fondation de Villers Masbourg et réservait cette tâche à son comité restreint. En novembre 1994, elle décidait d'affecter une partie de son crédit à l'amélioration du confort des chambres et du sort des personnes admises. À septante-deux ans, et avec également près de cinquante années d'expérience, le nouveau président, baron (Lambert) de Montpellier de Vedrin, docteur en droit, capitaine-commandant de réserve au corps de l'Ordonnance, chevalier d'Honneur et de Dévotion de l'Ordre souverain de Malte, a inauguré, en 2004, un terme qui l'inscrit à son tour dans la ligne stable et active de l'institution (Fig.18). Aujourd'hui comme alors, la Fondation est amenée à s'occuper de la gestion de son patrimoine en collaboration avec le Centre public d'Action sociale de la Ville de Namur, aux fins d'assurer l'hospitalité aux pensionnaires qu'elle admet. Les décisions en fait d'admission sont en effet du ressort du collège des collateurs. D'anciennes diffi¬cultés relationnelles entre les deux instances qu'étaient la Fondation et la Commission d'Assistance publique ont fait place aujourd'hui à une interrelation harmonieuse (Fig.19). Tout ceci invite à un rappel de quelques traits majeurs de la Fondation : la fortune du comte et de la comtesse d'Harscamp était énorme ; au-delà de ses largesses testamentaires destinées à ses parents, ses amis, ses serviteurs, Isabelle Brunelle a investi les avoirs de son mari dans la fondation namuroise et les siens propres dans les quatre fondations aixoises ; ses dispositions en ce sens font preuve au plus haut degré d'intelligence et d'altruisme, tout comme de caractères ouverts ou novateurs -il en va ainsi de l'établissement d'un nombre égal de pensionnaires des deux sexes, par exemple, ou de son souci proclamé d'agir avec économie pour le meilleur bien de la fondation ; la composition du collège des collateurs est faite de parents mâles ayant atteint leur majorité, cette réserve masculine devenant plus inattendue de nos jours... Par dessus tout, c'est la continuité qui fascine : une continuité faite d'attachement, de tradition et de conduite avisée. Nous sommes en présence d'un outil à peine postrévolutionnaire, tournant depuis deux siècles avec une régularité bénéfique. 15. Testament. 16. Par exemple, le vicomte de Namur d'Elzée pour les deux séances de 1875 et la première de 1876, et d'autres, des familles d'Andigné, d'Auvin, de Bryas, de Croix, de Kerchove, de Romrée, de Rosen et de Woelmont. 20. Délibération du 16 novembre : la majeure partie des bâtiments « présentant un style particulier à la vallée mosane, on ne pourra pas, en général, remplacer les ardoises par de l'éternit ». Dans la suite de cette réflexion et dans l'optique de voir les dépenses d'entretien subsidiées à 35 %, l'assemblée du 16 novembre 1942 manifeste le désir que le classement comme édifice historique soit sollicité. 21. La candidature du comte Amédée d'Andigné, plus proche parent que d'autres du mari de la fondatrice, a été envisagée plusieurs fois -en 1961, en 1979. 22. Procès verbal de l'assemblée générale du 16 mai 1983. 23. Remarque du Gouverneur du 10 mars 1948 : « la Fondation ne répond plus à sa destination. Quelques personnes seulement bénéficient des clauses du testament de Madame d'Harscamp, les autres pensionnaires payent leur entretien » (Registre aux délibérations de la Fondation, 13 mai 1948). 24. C'est-à-dire 1950, suite à une délibération de la Commission du 9 septembre 1949 approuvée en assemblée générale de la Fondation du 16 novembre. 25. L'ancien couvent des Récollets avait été remis par ceux-ci aux mains de la Com¬mission des Hospices et faisait partie du patrimoine de la Fondation suite à l'acte reçu par Maître Buydens, notaire à Namur, le 23 décembre 1807 (Registre aux délibérations de la Commission d'Assistance publique de Namur, séance u 23 mai 1952). La même séance de la Commission prévoyait pour la Fondation un droit imprescriptible de priorité pour l'admission de ses protégés dans la section payante du nouvel hospice et réservait à l'Assemblée des collateurs l'usage de la salle des séances habituelle. 26. L'idée de vendre l'hôtel avait déjà été débattue en novembre 1947. Concernant cet hôtel, voir Jacques FILEE, Les fêtes de la naissance du Roi de Rome (1811) [...], dans De la Meuse à l'Ardenne, 14, pp. 91 -93. D ne faut pas le confondre avec la dénomination abusive « Aux comtes d'Harscamp » appliquée à des exploitations commerciales et qui a fait l'objet d'oppositions par la Fondation dans les années 1986 et 1987. 27. En vigueur depuis 1900. Elles succédaient à celles établies dans les moutures d'origine. La chose se renouvelle le 16 novembre 1988. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre