Fondation d'Harscamp

 

 

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Fondation d'Harscamp
L’Inauguration du monument Imprimer Envoyer
C’est le 15 mai 1872, en fin de matinée, que l’inauguration officielle du monument est organisée dans les jardins de l’hospice fondé grâce à la générosité de la comtesse d’Harscamps64. Au centre du jardin se dresse la statue de la bienfaitrice sur un imposant piédestal. Des mâts surmontés de drapeaux, de banderoles et d’écussons aux couleurs nationales ou au chiffre de la comtesse entourent le monument. Le Royal Club Nautique de Sambre-et-Meuse situé de l’autre côté de la Meuse est également pavoisé tout comme certains bateaux qui ont marqué une halte65.
Malgré la pluie, une foule considérable se masse dans les jardins. Les membres de la famille d’Harscamps66, la Commission des Hospices67 et les vieillards de l’hospice se réunissent autour du monument. Cette cérémonie est rehaussée par la présence du Gouverneur, d’autorités ecclésiastiques et militaires, de magistrats, de fonctionnaires, etc.
Un peloton du 9e régiment de Ligne assure le service d’honneur et ouvre la cérémonie en jouant un morceau de musique. Les lanciers collaborent aussi à l’ambiance musicale.
M. Lecoq, Président de la Commission des Hospices, et le Baron de Woelmont-d’Hambraine, sénateur, représentant la famille prononcent un discours68. Ce n’est pas le cas du Chevalier Albert d’Otreppe de Bouvette, membre de la famille, ayant participé en 1812 à la première réunion du conseil de l’Hospice, qui doit renoncer à parler pour raison de santé69.
La cérémonie se poursuit par un banquet où les pensionnaires sont évidemment associés.

ANNEXE 170

Monument à Mme la Comtesse d’Harscamps.
____________________
Le 15 mai courant, à onze heures du matin, Messieurs les membres de la famille d’Harscamps se réuniront à la Commission administrative pour inaugurer, dans le parc de l’établissement, le monument érigé pour honorer la mémoire de Madame la Comtesse d’Harscamps, ce (sic) noble bienfaitrice de l’humanité.
Nous publierons comme annexes au présent rapport les discours qui seront prononcés à l’occasion de cette cérémonie.
Fait et arrêté par la Commission administrative des hospices civils de Namur, le 10 mai 1872.
(signé). H. Lecocq, Président, Baron Jules de Baré de Comogne, L. Namèche, X. Anciaux, Baron Félicien Fallon, Administrateurs et J. Koller, secrétaire.

____________________

Discours prononcé par M. Lecocq,
Président de la Commission des Hospices.

____________________

Messieurs,

Parmi les personnes qui ont consacré leur fortune au soulagement des victimes du malheur, Isabelle Brunelle, Comtesse d’Harscamps, peut être mise au premier rang. Les annales de la bienfaisance ont enregistré, pour les rappeler au respect et à l’admiration des générations futures, les belles actions de cette femme illustre par les sentiments de la plus sublime charité.
Isabelle Brunelle, fondatrice du magnifique hospice que vous avez sous les yeux, naquit à Aix-la-Chapelle le 3 7bre 1724.
Ses parents, quoique peu fortunés, lui firent donner une éducation distinguée.
Son éclatante beauté, ses hautes vertus attirèrent sur elle l’attention d’un gentilhomme de distinction, le Comte Pontian d’Harscamps, capitaine de dragons au service de l’Autriche.
Ce descendant de l’une des plus anciennes familles de la Hollande épousa, dans le courant de l’année 1746, la fille du modeste bourgeois d’Aix-la-Chapelle.
Douée d’un cœur noble et généreux, Isabelle Brunelle se montra digne du rang élevé où elle se trouva inopinément placée.
De cette union naquirent trois enfants, deux garçons et une fille. Leur mère dirigea leur éducation avec la plus tendre sollicitude et s’attacha à développer en eux le germe des plus belles vertus.
Le bonheur des deux époux était complet, tout semblait leur sourire, mais hélas ! ces joies de famille eurent bientôt un terme.
Une terrible épidémie vint ravir à leur affection les trois enfants sur lesquels reposaient leurs plus chères espérances.
M. et Mme d’Harscamps, sous le coup de cette grande douleur, cherchèrent des consolations dans l’expansion de leurs sentiments de bienfaisance. L’amour du prochain fut désormais le culte de leur vie. Leurs constantes préoccupations furent de calmer les misères, de soulager les malheureux.
Mme d’Harscamps, déjà si vivement affectée par la perte de ses enfants, n’avait pas entièrement acquitté son tribut de peines et de souffrances.
Une dernière et cruelle épreuve lui était réservée. Elle vit s’éteindre son époux bien-aimé, atteint d’une maladie qui ne pardonne jamais.
Cette séparation fut extrêmement pénible, mais elle supportera ce nouveau malheur avec la résignation qui distingue les âmes fortement trempées.
Dès ce moment, apparurent dans tout leur éclat les sentiments d’inaltérable charité de cette femme d’élite.
Elle se plut à laisser partout des traces de sa bienfaisance.
En possession d’immenses richesses, on la vit constamment rechercher les moyens de les utiliser au profit de l’humanité.
La mort vint mettre un terme à ces actes d’un dévouement intarissable envers les pauvres. Mme d’Harscamps décéda subitement à Namur le 8 mai 1805.
Mais, prévoyant le moment où elle se séparerait des malheureux dont elle était la Providence, elle voulut leur assurer pour toujours les bienfaits dont elle les gratifiait pendant sa vie.
Par son testament en date du 29 janvier 1805, elle fonda en leur faveur plusieurs institutions charitables à Aix-la-Chapelle, sa ville natale, et dans les diverses localités où elle possédait des immeubles.
Cet acte de dernière volonté se termine par la disposition la plus importante, je veux parler de celle qui est relative à la fondation d’un Hospice à Namur.
La testatrice, se rappelant sans doute l’origine des biens dont elle disposait, prescrivit que l’Hospice qu’elle créait porterait « le nom d’Harscamps, en mémoire de son très-cher époux » et elle institua comme gardiens de l’exécution de ses volontés les descendants de la noble famille de son mari, qui, depuis l’existence de l’institution, n’ont cessé de veiller avec la plus touchante sollicitude à ses intérêts et au bien-être des vieillards recueillis dans cet asile de l’infortune.
Un artiste qui honore la Belgique par son talent a été chargé d’exécuter une statue représentant Isabelle Brunelle.
Cette œuvre d’art, qu’un voile cache encore à nos yeux, rappellera à la postérité les mérites de la fondatrice de l’Hospice d’Harscamps et attestera notre profonde reconnaissance envers cette vertueuse femme dont l’existence ne fut qu’un acte perpétuel de dévouement et de charité.
Bientôt, heureux bénéficiaires de la fondation d’Harscamps, vos vœux seront exaucés ; vous pourrez contempler les traits de votre bienfaitrice chérie ; et quand vous parcourerez ce parc splendide, vous jetterez souvent, je n’en doute pas, vos regards sur cette statue, nouveau chef-d’œuvre d’un artiste distingué, et vous accorderez un légitime souvenir de gratitude à la femme éminemment charitable à laquelle vous devez le bonheur dont vous jouissez dans l’asile qu’elle a créé pour vous.
____________________

Discours prononcé par M. le Baron de Woelmont-d’Hambraine, Président de l’Assemblée générale du 15 mai 1872.

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Messieurs,

L’honorable président de la Commission des Hospices civils vient de nous apprendre qui fut Isabelle Brunelle, douairière du Comte Pontian d’Harscamps. Il nous a dit que c’est à ce noble qu’est due la fondation de l’admirable maison de retraite ouverte dans la ville de Namur à de respectables infortunés, quelle que soit leur patrie.
Représentant de la famille de feu le Comte d’Harscamps, je viens, à mon tour, vous demander un instant d’attention, pour vous entretenir de cette création.
Isabelle Brunelle, issue de parents peu fortunés, avait été transportée par son mariage avec le Comte d’Harscamps dans les sphères les plus élevées de l’opulence. Elle avait goûté tout ce qu’il y a de douceurs dans la transformation d’une vie modeste en une existence large et somptueuse ; mais en même temps sa belle âme avait deviné les angoisses imposées à l’homme qui, ayant vécu dans l’aisance, se voit réduit, malgré une conduite irréprochable, aux épreuves de l’indigence, et ce, à une époque où le fardeau des ans et les infirmités, leur habituel cortège, ne lui permettent plus de lutter.
Dans l’âme compatissante et généreuse d’Isabelle, cette pensée fut une inspiration. Elle résolut l’institution d’un refuge, où l’infortune imméritée pût s’abriter et retrouver, avec le repos et la sécurité de l’existence, quelque adoucissement aux rigueurs de l’adversité.
Un sentiment de délicatesse aurait pu la retenir lorsqu’elle méditait le projet de faire ce noble usage des biens que la Providence avait mis en ses mains. Elle allait disposer d’une fraction considérable du patrimoine d’une famille dans laquelle elle avait été accueillie si cordialement ; mais elle connaissait bien ceux dont sa pieuse munificence allait amoindrir la fortune. Elle ne douta pas que, consacrant en quelque sorte ce grand bienfait à la mémoire du nom d’Harscamps et les y associant eux-mêmes, elle introduirait dans leur héritage une richesse morale que leurs nobles sentiments mettraient infiniment au-dessus des biens au prix desquels elle leur serait acquise. Elle leur donna ce gage de sa profonde estime, et le fit avec une si entière confiance, qu’elle n’hésita pas à charger deux d’entre eux de la première exécution de ses dispositions. « Je me flatte, dit-elle en terminant son testament, que M. M. d’Elzée, de Croix et Namur Fléron voudront bien se charger de remplir, en qualité d’exécuteurs testamentaires, mes dernières volontés. »
Son attente n’a pas été déçue. Aujourd’hui encore, après bientôt trois-quarts de siècle, les héritiers de ces noms et les représentants de la famille d’Harscamps bénissent et vénèrent sa mémoire, parce qu’ils doivent à sa piété leur plus précieux apanage, celui de la dispensation héréditaire d’une abondante source de bienfaits.
Fidèles à son appel, deux fois chaque année, ils jouissent du bonheur de se réunir pour concourir à l’administration de ce bel héritage et, dépositaires des intentions de la fondatrice, ils désignent ceux à qui doit s’en appliquer le bienfait et recueillent les bénédictions des infortunés, délivrés ainsi des étreintes de la misère.
On s’occupa, immédiatement après le décès de la Comtesse d’Harscamps, des détails nécessaires à l’établissement et à l’organisation de son œuvre. Les archives de l’Empire français témoignent à la fois de l’intelligente sollicitude de la bienfaitrice et du respect que ses nobles intentions rencontrèrent dans les hautes régions du pouvoir. Le gouvernement s’attacha à ne point s’écarter de la volonté de la fondatrice.
Après sept années, toutes les difficultés étaient levées, toutes les formalités étaient remplies. Les exécuteurs testamentaires fortifiés du concours des autorités, et se conformant au conseil prudent inscrit dans le testament avaient acquis et approprié les vastes locaux occupés aujourd’hui.
Ce fut le 1er octobre 1812 qu’en présence de M. Pérès, préfet du département de Sambre-et-Meuse, on inaugura la maison de retraite par l’admission dans son sein de quarante vieillards, vingt hommes et vingt femmes.
Ces débuts étaient modestes, mais, avant peu d’années, les sages combinaisons qui les avaient préparés, devaient produire de vastes résultats. Les parents de feu le Comte d’Harscamps, appelés à la collation des places et à une part de coopération dans l’administration, firent légitimer leurs titres, et, concurremment avec les autorités, veillèrent au développement des intérêts moraux et matériels de l’établissement.
Pendant qu’un aumônier et d’admirables saintes filles entouraient les pensionnaires de soins pieux et attentifs, la Commission des Hospices civils et le directeur, exécutant les résolutions de l’assemblée générale, accroissaient par d’intelligentes mesures les ressources assez modiques d’abord de l’hospice d’Harscamps.
Aujourd’hui soixante années se sont écoulées ; l’œuvre, que l’immortelle comtesse avait conçue, a fonctionné ; chacun ayant travaillé avec zèle dans la sphère d’action qui lui était attribuée, des résultats inespérés ont été obtenus. Qu’il me soit permis, au nom de la famille qui représente plus spécialement la grande bienfaitrice que nous honorons, de saisir cette occasion pour rendre un légitime témoignage de reconnaissance à tous ceux qui nous ont secondés.
Les résultats sont trop beaux pour que nous puissions nous abstenir de les proclamer et de montrer ainsi, dans tout leur éclat, la grandeur et l’intelligence des sentiments de celle à laquelle ils sont dûs. Cette maison de retraite qui, à ses débuts, pouvait à peine recevoir quarante vieillards, en contient aujourd’hui deux cent quarante, et depuis sa fondation, seize cent quarante-deux y ont retrouvé, assurée à toujours, cette situation d’aisance que, dans ses vues impénétrables, la Providence leur avait un instant ravie.
L’auteur de cette création, si belle que ses bénéficiaires ont souvent dû la croire un rêve, devait être honorée d’un monument qui transmit sa mémoire à la postérité.
Amis ! pensionnaires d’Harscamps ! Grâce à la noble pensée de l’Administration, secondée par le talent d’un de nos plus célèbres artistes, vous posséderez désormais au milieu de vous l’image de celle qui fut votre seconde Providence. En contemplant ses traits, élevez vos cœurs plus haut et, bénissant sa mémoire, offrez le tribut de votre reconnaissance à Dieu, qui inspire et qui récompense tout le bien qui se fait sur la terre.
Découvrons cette statue et saluons celle qui, pour vous, est une bienfaitrice et pour nous tous un exemple.

____________________
ANNEXE 271

Discours de M. le chevalier Albert d’Otreppe de Bouvette,
membre de la famille d’Harscamp72

Messieurs,
Doyen d’âge, je viens me réjouir avec vous de l’hommage rendu en ce jour solennel (15 mai 1872), à la mémoire de Madame la comtesse d’Harscamp.
Je viens avec vous, Messieurs, applaudir aux éloquentes paroles qui ont été prononcées à cet égard par M. Lecocq, président des Hospices civils de Namur, et surtout à l’intéressante biographie, au beau discours de M. le baron de Woelmont d’Hambraine, votre aimé délégué, lequel continue, avec un zèle, une activité, un désintéressement dignes d’éloges, les traditions de ses devanciers, de MM. le comte de Quarré et le vicomte Desmanet de Biesmes, anciens et regrettés présidents de vos assemblées.
Honneur et remerciements à eux, puis hommage à la mémoire de la célèbre fondatrice de l’Hospice dont la direction ou la surveillance est confiée à vos soins paternels intelligents et dévoués.
Le monument que vous inaugurez en ce jour solennel a bien plus de raison d’être que les statues élevées à des héros du champ de bataille ou érigées à des gloires douteuses dans la carrière des arts d’agrément, sans but utile, pour la morale et le progrès de la civilisation et, enfin, monument plus opportun et mieux justifié que les statues de certains auteurs d’une littérature légère, frivole et corruptrice qui, trop souvent égare l’imagination et corrompt les mœurs.
Ici, Messieurs, c’est le contraire : c’est la charité, c’est la bienfaisance à perpétuité que vous venez de célébrer, et non le souvenir du désastre des guerres qui font tant de victimes, couler bien des larmes, et répandent des fleuves de sang. Loin de là : ici, c’est la bonté qui console, qui soulage la misère ; c’est la fortune qui enrichit la pauvreté, c’est enfin la main généreuse qui ouvre, à chaque instant, la porte de l’asile du bien-être et du repos, à des familles déchues ou à des vieillards infirmes et sans ressources ; telle a été l’œuvre de charité accomplie par la comtesse d’Harscamps et dont vous, Messieurs, parents par le mari, venez, dans cette illustre assemblée, consacrer le souvenir et bénir la mémoire.
Inspirons-nous, Messieurs, de si dignes, de si nobles exemples, et continuons à pratiquer la charité, à répandre les dons, à prodiguer les bienfaits et, par là, à rapprocher le pauvre du riche et la main-d’œuvre du capital, seuls moyens peut-être, à une époque de troubles et de révolutions, de calmer les esprits, de désarmer l’envie et d’arrêter le progrès d’un communisme menaçant qui attaque la propriété, aspire au partage des biens et rêve un niveau social chimérique, irréalisable. Mais ce qui est vrai et pratique, Messieurs, c’est la charité dont vous êtes et dont vous serez toujours les dignes apôtres. 

* L’auteur remercie Mmes A. Carlier, M.-C. Clobert, C. Ernoux, D. Marée, M.-Th. Rodriguez-Rochas, A. Trobec, MM. E. Allard, B. Dethier, R. Frippiat, A. Furnémont, Fr. Lomré, T. Nardone, Fr. Tourneur, G. Toussaint pour l’aide apportée lors de la mise au point de cette contribution.

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" Le destin d'Isabelle Brunelle est de ceux où la réalité dépasse la fiction, surtout dans la société d'Ancien régime marquée par des privilèges de castes générant eux-mêmes d'importants revenus matériels.

Cette fille d'artisan a épousé un aristocrate de vieille souche, membre de la noblesse chapitrale des pays-bas méridionaux et de la principauté de Liège, et elle a consacré par son action personnelle le prestige de cette maison bien au delà de son époque."

 

Cécile Douxchamps-Lefèvre

Le testament de la comtesse d'Harscamp prévoit la fondation d'un hosipce appelé Hospice d'Harscamp en mémoire de mon très cher époux destinné à secourir les personnes des deux sexes en nombre égal agées de plus de 60 ans, issues d'une famille dont les père et mère ou les aïeux vivaient dans une honnête opulence et qui se trouveraient sans ressources pour subsister à charge d'en faire la preuve et de celle d'une bonne conduite avant d'être admises.

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