| Le clergé et la fondation d'Harscamp : le premier aumônier et ses successeurs |
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Le clergé et la fondation d'Harscamp : le premier aumônier et ses successeurs Le 8 mai 1805, à l’âge de 80 ans, décède à Namur Madame Isabelle Brunel, veuve du Comte François-Pontian d’Harscamp, mort une dizaine d’années plus tôt, le 1er mai 1794, laissant à son épouse une fortune considérable (19). D’après son testament, Isabelle Brunel, parmi bien des souhaits, entend fonder à Namur un hospice qui serait établi dans son Hôtel personnel de la Place de l’Ange: Ce qui restera ensuite de ma succession immobilière et mobilière servira, comme dit est, à fonder un hospice en la ville de Namur, et les argents seront placés en acquisitions de bien-fonds ou de rentes, sur le pied de celles prémentionnées; on y joindra tous les biens-fonds et rentes de ma succession dont il n’a pas été disposé, et l’ensemble formera la masse des biens à employer pour établir l’hospice dont il s’agit. Il portera le nom d’Harscamp, en mémoire de mon très cher époux, et sera fondé pour secourir des personnes des deux sexes, en nombre égal, âgées au moins de soixante ans, issues d’une famille dont les pères et mères ou les aïeux vivaient dans une honnête opulence, et qui se trouveraient sans ressource pour subsister, à charge d’en faire la preuve, et celle d’une bonne conduite, avant d’être admises (20). Quelques mois suffisent pour que l’Empereur Napoléon autorise la fondation de l’hospice d’Harscamp, dans l’Hôtel de la Place de l’Ange: il s’agit du décret impérial du 2 Nivose an XIV (23 décembre 1805), signé au palais de Schoenbrunn (21). Mais ce n’est que le 25 janvier 1812 que le Préfet du Département de Sambre-et-Meuse, Emmanuel Pérès, autorise l’ouverture de l’hospice, sous le plus bref délais, à l’effet de faire jouir les individus qui y ont droit des bienfaits de la fondatrice (22). Le Préfet ne fait qu’obéir au décret impérial du 26 septembre 1811, approuvant, sous certaines modifications, le Règlement de l’hospice (23). Parmi ces modifications, citons la plus importante, celle qui concerne l’emplacement de la fondation: L’hôtel d’Harscamp, à Namur, désigné par la testatrice, n’étant nullement propre à cet établissement, d’après ce qui a été constaté, l’hospice d’Harscamp sera établi dans le ci-devant couvent des Récollets, audit Namur, acquis par la commission des hospices, conformément à l’autorisation qui lui a été accordée par la loi du 8 septembre 1807 (24). La promulgation de ce Règlement est d’importance, puisqu’il situe définitivement l’hospice d’Harscamp dans l’ancien couvent des Récollets. Mais, dans les derniers articles, après avoir légiféré sur les individus admissibles et sur le personnel de l’établissement, ce Règlement nous informe, au Titre VIII «Religion», des droits et devoirs spirituels des hôtes: Toute personne de la religion catholique, admise à l’hospice, devra entendre la messe tous les jours, assister aux vêpres et bénédictions, qui se donneront à l’église paroissiale, attenant à l’hospice; recevoir les sacrements de confession et de communion au moins quatre fois par année, savoir : à Pâques, à Noël, à la Pentecôte, à l’Assomption (25). Enfin, ce Règlement prévoit la nomination d’un aumônier: Il y aura un Prêtre attaché à l’hospice, désigné par Mgr l’Évêque du diocèse, admis à confession, pour célébrer la messe, tous les jours, dans la Chapelle de l’Infirmerie, consoler les malades et faire des instructions auxquelles toutes les personnes de la religion catholique, admises à l’hospice, devront assister (26). Le 1er octobre 1812, l’hospice d’Harscamp est solennellement inauguré par le Préfet Pérès. Peu de jours, ou peu de semaines plus tard, l’Évêque de Namur, Monseigneur Pisani de la Gaude nomme un premier aumônier: Monsieur Henry (ou Henri), précédemment curé primaire (on dirait aujourd’hui doyen) d’Andenne. Qui est Monsieur Henry, et pourquoi a-t-il été choisi? Deux questions pour lesquelles, pour la première, nous avons beaucoup de certitudes, et pour la seconde, nous ne pouvons qu’avancer des hypothèses. Qui est donc Monsieur Henry? Il s’agit tout simplement du dernier Prieur de l’Abbaye de Leffe, avant que les religieux n’en soient expulsés, en 1796. Guillaume, François, Ghislain HENRY est né à Namur, le 25 mai 1748 (27). A 19 ans, le 18 septembre 1767, il entre à l’Abbaye des Prémontrés de Leffe, sous le nom de Frère François HENRY (28). Sa vêture a lieu le mois suivant, le 16 octobre 1767, et sa profession deux ans après, le 15 octobre 1769 (29). Il chante ses prémices, c’est-à-dire sa première Messe, à l’Abbaye, le Dimanche de la Passion, 28 mars 1773 (30). Le Père François Henry est nommé sacristain le 31 octobre 1775, puis Sous-Prieur de l’Abbaye, le 26 juin 1780 (31), et bientôt Prieur, le 28 mai 1781 (32). Peu après, le 20 novembre 1782, il est chargé, en plus de sa fonction de Prieur, de l’administration de la paroisse de Courrière (33). Après le Concordat de 1801 et la réouverture des églises, le Père François Henry est nommé, début 1803, curé primaire, c’est-à-dire, doyen d’Andenne (34), par l’Évêque de Namur: Mgr Claude-Léopold de Bexon. C’est ici que la réponse à notre question: «Pourquoi Monsieur Henry est-il nommé premier aumônier de l’hospice d’Harscamp?» trouve un élément de réponse. Car, pour sa première célébration de Pâques à Andenne, le Père François Henry sent la nécessité de demander à son Évêque un collaborateur, lequel n’est autre que l’ancien Gardien des Récollets: le Père François Joseph Buissin, dont nous avons déjà parlé ci-dessus. Lisons la lettre que l’Évêque, Mgr de Bexon, adresse au Père Buissin pour le prier d’aller aider le Père Henry: Claude-Léopold de Bexon, par le Divine Providence, et l’autorité du Saint-Siège Apostolique Évêque de Namur, au Sieur François Joseph Buissin, prêtre de notre Diocèse, Salut. Vu les représentations qui nous ont été faites sur l’impossibilité où se trouve le desservant d’Andenne de suffire seul à entendre pendant le temps paschal les confessions de tous les fidèles, qui composent cette paroisse, Nous vous commettons pour vous rendre vendredi prochain 1 avril, audit Andenne, à l’effet d’ÿ aider le Sieur desservant à confesser ses paroissiens pendant la sainte quinzaine, avec le pouvoir d’absoudre des cas réservés pour la confession paschale, et à Andenne seulement. L’opinion que nous avons de votre amour pour vos devoirs, de votre subordination aux premiers pasteurs, nous est un sûr garant de l’empressement que vous mettrez à vous rendre à la destination que nous vous donnons, du zèle avec lequel vous vous acquitterez de votre commission, et du bien qui en résultera pour le salut des âmes, que vous n’avez pas moins à coeur que nous (35). Est-ce un premier contact qui va conduire à une collaboration se renouvelant chaque année ? Nul ne le sait. En tout cas, cette relation du Père François Henry avec les Récollets n’est sans doute pas à négliger pour comprendre en partie sa désignation comme premier aumônier de l’hospice d’Harscamp. Un an après son arrivée à Andenne, Monsieur Henry, qui est doyen, accomplit la visite de son doyenné: chaque doyen a en effet pour tâche de veiller sur la bonne marche des paroisses de son doyenné. Relatant cette visite par écrit à son Évêque, Mgr Pisani de la Gaude, Monsieur Henry parle de lui-même quand il transcrit l’état de sa propre paroisse d’Andenne: Andenne, chef-lieu, résidence du Curé Primaire, qui est Maître François Henry ex-Prémontré âgé de 57 ans, il fut préalablement curé de Corrière même diocèse pendant 21 ans. L’obéissance seule lui a fait entreprendre cette terrible besogne, supra vires negotium...(36) Ainsi fait à Andenne le 14 août 1804, [signé] François Henry Curé primaire du Canton d’Andenne (37). En 1804, Monsieur Henry a deux vicaires pour l’aider dans sa tâche. En 1807, l’un d’eux est remplacé par un ancien Récollet: Le curé est Maître François Henry, âgé de 60 ans. Il y a deux vicaires, Maître Pierre Blockx, ex-Récollet, et Maître Léonard Bourguignon, ex-Bénéficier du Chapitre d’Andenne. L’un et l’autre sont édifiants, et remplissent leurs devoirs avec exactitude. La population est d’environ 3000 âmes... Fait à Andenne le 25 de septembre 1807. [signé] Fr. Henry, curé primaire d’Andenne (38). Comme nous l’avons déjà mentionné, l’hospice d’Harscamp est inauguré le 1er octobre 1812. Le lendemain, 2 octobre, Monsieur Henry signe le compte-rendu de la dernière visite de son doyenné d’Andenne: il est prêt à partir pour Namur et rejoindre son nouveau poste d’aumônier ! Il proclame solennellement: Je déclare que tous les ecclésiastiques de mon canton remplissent fidèlement leurs devoirs. En foi de quoi j’ai signé, François Henry, curé primaire d’Andenne et du Canton. A Andenne le 2 d’octobre 1812 (39). Fidèle à obéir à son Évêque, Monsieur Henry ne manque certainement pas de mettre en pratique le règlement de l’hospice d’Harscamp, tel que nous l’avons esquissé plus haut: il veille à ce que tous les hôtes catholiques entendent la Messe chaque jour et se confessent régulièrement, au moins quatre fois l’an; il rend visite à ceux qui sont malades; il prépare soigneusement les instructions sur la foi et les moeurs qu’il donne de temps à autres à tous ceux qui sont hébergés dans l’hospice. Monsieur Henry ne reste pas très longtemps à l’hospice d’Harscamp. Le 20 mai 1816, cinq jours avant son 68e anniversaire, il se retire à Harlue (Bolines), dans le canton de Dhuy, où il exerce la fonction de vicaire (40). Il y reste jusqu’à sa mort, survenue le 27 septembre 1826 (41). Voici la liste (42) des aumôniers qui, au cours du 19e siècle succédèrent à Monsieur François Henry: MM. les Abbés Pirsoul, en 1817 (43); Monty, en 1820 (44); Stevens, en 1823 (45); Dechef, en 1836 (46); Tassoul, en 1856 (47); Delobbe, en 1865 (48); Boigelot, en 1876 (49); Guilmin, en 1885 (50); Derenne, en 1896 (51). On pourrait conclure cet exposé en citant les noms des prêtres qui remplirent cette charge d’aumônier aux 20e et 21e siècles, tels les Abbés Victor Joseph Guyaux, en 1921; Michel Rousseau, en 1946; Charles Jamar, en 1965; Luc Renard, en 1987; et le R.P. Jules Perpète, Scheutiste, en 2004. Mais pourquoi ne pas s’étendre un peu sur la vie de celui qui marqua la célébration du premier centenaire de la Fondation d’Harscamp: l’Abbé Augustin (ou Auguste) Derenne. Voici ce qu’on disait de lui au lendemain de sa mort, survenue à l’hospice d’Harscamp le 24 septembre 1921: M. le Chanoine Auguste DERENNE, aumônier de l’Hospice d’Harscamp depuis 25 ans, y est décédé samedi 24, à l’âge de 80 ans. Ce vénérable ecclésiastique, si estimé en notre ville, naquit à Falaën le 9 mai 1841. Sa mère s’appelait Marie-Thérèse Mélot et il se rattache, par elle, à l’une des familles qui comptent parmi les plus célèbres et méritantes du Namurois. Il avait été ordonné prêtre le 22 décembre 1866. Successivement professeur à Floreffe, vicaire à Mettet, curé à Ermeton-sur-Biert et à Ham-sur-Sambre, il fut bien obligé, par l’affaiblissement de sa santé, à prendre un demi repos, car il ne connut jamais que le travail, n’aspirant qu’à l’éternel repos dans le ciel. Pendant sa longue carrière, il se dépensa sans compter dans des oeuvres de zèle, de piété et de dévouement. Partout, l’aménité de son caractère, son aimable simplicité, sa conscience droite et pleine de franchise lui concilièrent tous les coeurs, et son labeur sacerdotal fut fécond autant que désintéressé... Longue et heureuse fut sa retraite à Namur, depuis 1896, comme aumônier de l’hospice d’Harscamp. Mgr Heylen rendit hommage à sa belle carrière sacerdotale en l’élevant, en septembre 1917, à la dignité de chanoine honoraire de l’église cathédrale... Il s’est éteint paisiblement samedi matin, après une longue préparation à la mort qui édifia toutes les personnes qui l’entouraient (52). |
Cécile Douxchamps-Lefèvre