| Le clergé avant la fondation d'Harscamp : les Récollets |
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En 1224, le grand Saint d’Assise, François - celui qui loue le Seigneur en compagnie de son frère Soleil - est encore vivant, en ce monde, alors que ses frères humains - les Franciscains - arrivent à Namur. Ils s’installent en dehors des enceintes de la ville, là où se trouve actuellement l’Hospice d’Harscamp. Bientôt un nouveau quartier voit le jour, un nouveau centre d’activités, dont les Franciscains vont être l’âme. Tout Namur viendra bientôt aux Franciscains (1) !
Fidèles à l’esprit de Saint François, les Franciscains de Namur suivent la première réforme de l’Ordre et se font appelés du nom de Frères Mineurs. Vers la fin du XVe siècle, on les appelle même Observants, ou encore Religieux observants de Saint François. Car ils veulent faire partie de ceux qui observent avec plus de fidélité l’esprit de leur saint Fondateur, alors que les Franciscains Conventuels semblent s’écarter de cet esprit, en permettant à leurs diverses communautés de posséder des biens et des domaines. Vers 1642, une deuxième réforme de l’Ordre franciscain amène les frères de Namur à porter un nom nouveau: celui de Récollets. Cette deuxième réforme tend à réduire les activités pastorales des frères ainsi que les offices conventuels, au profit de la vie de retraite et de solitude, dans le silence de la méditation. La récollection, sorte de retraite spirituelle, devient comme le leitmotiv de leur ligne de conduite; d’où leur nom de Récollets. Mais les frères de Namur, bien qu’embrassant cette nouvelle réforme, laissent quand même une large place à l’apostolat: ce sont des Récollets plutôt mitigés... Après avoir été, dès 1230, à l’origine des communautés de Huy, de Liège et de Dinant, les Franciscains de Namur sont expulsés de leur couvent le 17 frimaire an V (7 décembre 1796) en vertu des lois républicaines, la Belgique étant devenue française... Partout, les biens ecclésiastiques sont confisqués et mis en vente comme Biens nationaux. Mais, dépossédés frauduleusement des titres (billets) qui auraient pu leur permettre de racheter couvent et église, les religieux récollets, au nombre d’une soixantaine, se dispersent çà et là: plusieurs retournent dans leur famille, une vingtaine environ restent à Namur ou dans les environs, afin de subvenir, comme ils le peuvent, aux besoins spirituels des habitants. A la réouverture des églises, suite au Concordat passé le 15 juillet 1801 entre Napoléon Bonaparte et Sa Sainteté le Pape Pie VII, non seulement les Récollets, mais aussi d’autres religieux, comme les Carmes déchaussés, sont nommés à la tête de certaines paroisses namuroises, ou viennent aider les curés pour le ministère de la confession ou de l’eucharistie. En 1803, la collégiale Notre-Dame, qui menace ruine et qui, selon certains, obstrue le passage dans la rue Notre-Dame, est démolie. L’église du couvent des Récollets devient la nouvelle église Notre-Dame: elle n’en recueille pas les prérogatives, mais simplement le titre, sous le vocable de la Visitation. A sa tête, comme premier curé, le Père François Joseph Buissin (2), ci-devant gardien des récollets acquéreur de l’église (3). Très vite, d’autres religieux récollets réintègrent leur église: le Père Donat (4), nommé second vicaire, ainsi que trois autres Pères Récollets qui entendent les confessions dans cette église et y disent la messe (5). Ces trois autres pères sont: Lambert Hénant, âgé de 56 ans, Jean-Baptiste Bourlet, âgé de 46 ans, et Pierre-Joseph Bourgeois, âgé de 59 ans (6). Mais le clergé de la paroisse Notre-Dame ne se borne pas à ces seuls prêtres. On y voit aussi exercer quelque ministère: Benoît Raulier, âgé de 69 ans, ancien professeur de Théologie; Nicolas Joseph Dumon, religieux capucin, âgé de 70 ans; Baltazar Meunier, âgé de 63 ans, chanoine de Tournai; Antoine Joseph Burton, religieux augustin, âgé de 84 ans; Silvestre Fievet, carme déchaussé, âgé de 64 ans; Jean Noël Vattin, âgé de 76 ans, ancien chanoine de Notre-Dame; François-Joseph Dautrebande, doyen du ci-devant chapitre de Notre-Dame, âgé de 81 ans; Marc Fievet, âgé de 73 ans, ci-devant prévôt de la collégiale Notre-Dame (7). Mais certains sont si infirmes qu’aucun ministère ne leur est plus possible... Le climat spirituel de l’Église qui réapparaît au grand jour n’est pas serein: certains prêtres contestent le Concordat et son application. Cette contestation atteint aussi les Récollets. Dans un document qu’on peut dater de 1810, quatre d’entre eux sont appelés contestataires (8). Ainsi: Benoît Raulier, Lambert Hénant, Jean-Baptiste Bourlet, Pierre-Joseph Bourgeois. D’ailleurs, déjà en 1808, la liste du clergé pour la paroisse Notre-Dame ne reprend plus ces quatre noms (9). Notons aussi que quelques Récollets ont rejoint d’autres paroisses de Namur et des environs: Henri (10) Buydens ex-récollet âgé de 32 ans, qui a du talent pour la chaire (11), premier vicaire à l’église Saint-Loup; Hermann Joseph Zopp ex-récollet âgé de 54 ans exerçant les fonctions pastorales depuis 8 ans dans la même paroisse (12) de Saint-Nicolas; Henri Chermanne ex-récollet (13), qui avec permission célèbre le Saint Sacrifice tous les dimanches dans ces deux endroits (14) de Champion et de Cognelée; Hermant Dosimont âgé de soixante-neuf ans, prédicateur et confesseur... Ghislain Delcourt âgé de 65 ans, prédicateur et confesseur... N. Vercheval, âgé de 70 ans, ancien prédicateur et confesseur actuel (15) à Saint-Joseph de Namur; Antoine Baudoux âgé de 60 ans ci-devant récollet, prédicateur et confesseur, présentement attaché à l’église paroissiale de Saint-Loup (16). Au début de l’année 1805, les religieux récollets rentrent en possession de leur couvent et de leur église. En effet, après l’expulsion de 1796, église et bâtiments conventuels passèrent aux mains d’un certain François Baré de Comogne, tanneur patenté, qui les avait rachetés moyennant les «billets» que les anciens Récollets lui avaient remis, de bonne foi. Mais comme François Baré ne remit pas le titre de propriété aux Récollets, ces derniers lui intentèrent un procès. Ils gagnèrent et rentrèrent en possession de leurs biens le 16 janvier 1805 (17). Tous les éléments sont en place pour que naisse le nouvel Hospice d’Harscamp, ainsi que le Père E. Schonne, ofm, nous l’apprend, en résumant les événements antérieurs: En 1802, le Père Jérôme Buissin, ancien gardien des Récollets, et 17 autres religieux, offrirent leur église à l’Administration communale de Namur. En 1803, le siège de la paroisse Notre-Dame fut transféré dans l’ancienne église des Récollets, qui prit le nom d’église Notre-Dame. Le premier curé fut le Père Buissin, qui démissionna en 1808. Le Père Donat Gillet remplit ensuite la charge jusqu’en juillet 1819. D’autres religieux se mirent au service des paroisses de la ville. Le Père Zoop devint curé de Saint-Nicolas, le Père Dosimont fut attaché à la paroisse Saint-Joseph, le Père Baudoux fut vicaire à Saint-Jean-Baptiste. Le 23 décembre 1807, désirant régler définitivement leur situation, les 16 Récollets habitant encore Namur firent don de leur église et de leur couvent à la Commission des hospices civils de Namur, à charge pour celle-ci de leur verser une rente viagère. Ainsi prit naissance l’actuel hospice d’Harscamp (18). |
Cécile Douxchamps-Lefèvre