| Les bois de Montigny-sur-Meuse |
|
|
|
Cette exploitation forestière de plus de 680 ha est divisée en 20 «coupes» inégales qui, année après année, sont vendues selon acte notarié. Tous les vingt ans, on soumissionne la même parcelle qui, après la coupe, doit rapidement être régénérée, par des semis ou des plantations, et qui est traitée en taillis simples où domine le chêne.
On l’exploite moins pour son bois que pour son écorce et le tanin de celle-ci. De nouveaux procédés de tannage des peaux apparaissent à la fin du XIXe siècle, entraînant une dépréciation considérable de ce type d’exploitation. Un meilleur revenu de cette forêt ne pourrait être obtenu que par le recul des coupes (tous les 25 ans minimum), une reconversion vers d’autres espèces ou d’autres produits plus recherchés (les perches pour les houillères, par exemple). La décote à vingt ans d’intervalle est très forte : ainsi par exemple, en 1897 et 1898, la diminution cumulée des revenus frôle les 28.000 francs (presque 100.000 euros). En 1899, la décote est de 40 % et une coupe reste invendue. En 1900, une parcelle qui avait été vendue à 565 francs/ha en 1880 ne trouve plus preneur qu’à 245 francs, soit à un prix inférieur de 56 %. En 1901, les ventes sont inférieures de 14.390 francs (48.900 euros) à celles de 1881. Les chiffres se succèdent ainsi jusque 1914, avec le même constat. En 1912, il est procédé à l’essai de plantation de résineux. Mais il ne fait pas de doute qu’il est déjà trop tard pour la Fondation. Car il devient de plus en plus difficile de trouver des acquéreurs lors des soumissions. Et le revenu net, après paiement des deux gardes, des impôts fonciers, des aménagements de routes forestières et des semis et plantations, est tout simplement dérisoire : 1.427, 22 francs (4.850 euros) en 1912 ! C’est pourquoi, à l’Assemblée générale du 15 mai 1913, le comte de Villers propose l’aliénation de la forêt de Montigny. L’Assemblée se rallie à cette proposition, pour laquelle la Commission administrative informe avoir déjà entrepris des démarches auprès du gouvernement français, sans résultat à ce jour. Après deux revenus nets insignifiants en 1913 (409,55 francs) et 1914 (1.495,07 francs), arrivera la guerre où les contacts avec la France seront quasi nuls et les rentrées comptabilisées pour mémoire. Ce n’est qu’après celle-ci que les tractations pour l’aliénation reprendront, dans un contexte bien différent de celui de l’avant-guerre. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre