| L’hôtel d’Harscamp |
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Entre 1866 et 1875, l’hôtel des voyageurs est loué aux grands-parents Hoogen, qui sont également négociants en vins et qui sous-louent aux messageries Van Gend. C’est un hôtel de standing, dans lequel descendent des personnalités, telles le comte et la comtesse de Flandre en 1871, et bien plus tard encore la reine Marguerite d’Italie en 1901 et le futur roi Albert et son épouse en 1908 (29).
En 1884, lors du départ des messageries, une clause dans le contrat de location de Frédéric Hoogen autorise la Fondation à construire quatre maisons de commerce à la place des anciennes écuries et d’une partie de la cour, côté rue Emile Cuvelier, ce qui augmente les revenus de plus de 50 %. La mention Hôtel d'Harscamp est toujours lisible au-dessus du porche. Mais l’hôtel vieux de 200 ans et plus a pris beaucoup de rides et nécessite de fréquents et coûteux travaux. Sa rentabilité diminue lorsque le locataire, tel M. Schoeffter (qui, en 1897, a repris le bail des frères Hoogen), réclame en 1904 une notable réduction de son loyer pour faire face à la crise qui résulte de la suppression des jeux au sein de son établissement … et de la concurrence des hôtels construits place de la station et qui drainent la clientèle débarquant de la gare de Namur. C’est dans ce contexte maussade qu’à l’assemblée générale du 16 novembre 1908, la Commission des hospices civils présente aux Parents un double projet concernant l’hôtel d’Harscamp : − le premier prévoit tout simplement, vu son état de délabrement actuel et son incapacité à rester un hôtel de premier ordre au cœur de Namur, de le désaffecter comme établissement pour touristes et voyageurs et de construire un passage couvert dans l’axe des deux cours. Longue de 80 mètres, cette galerie vitrée de 5m 50 de large relierait les habitations actuelles. De chaque côté, on pourrait construire seize magasins de cinq mètres, au total 32, qui seraient loués 1000 francs, ce qui déduction des amortissements et intérêts, rapporterait à l’hospice environ 20.000 francs annuels au lieu des 7.343 francs actuels. Coût de l’investissement : 300.000 francs ou un million d’euros. − Mais puisqu'il ne s'agit pas de laisser tomber le label "Hôtel d’Harscamp» et qu’il faut maintenir un hôtel de premier ordre au chef lieu de la province, la Commission propose également de construire un nouvel hôtel au bord de la Meuse, boulevard Ad Aquam, près du pont de Jambes, sur un terrain libéré par des démolitions. Car, pour améliorer l’accès au pont de France qui doit être construit au Grognon, la ville s’est engagée vis-à-vis de l’Etat à démolir une trentaine de maisons à ce même boulevard. Coût de cette nouvelle construction : 250.000 à 300.000 francs. Lors d’une réunion extraordinaire le 11 janvier 1909, les délégués de la famille de Pontian d'Harscamp. 1. rejettent absolument le principe de la translation de l’hôtel d’Harscamp au boulevard Ad Aquam pour les raisons suivantes : − l'assemblée générale n'a pas le droit d’utiliser les fonds de la Fondation dans le cadre d’une spéculation foncière qui présente toujours un caractère risqué ; − la situation au pied de la citadelle présente un charme certain, mais cette situation est à l’extrémité de la ville, loin du centre commercial, et l’échec récent du Grand hôtel de la citadelle doit inciter à la prudence ; − le projet représente un caractère spéculatif dont une institution hospitalière doit se défier, d’autant plus que rien, même la signature d’un bail de 27 ans par l’ancien locataire de l’hôtel d’Harscamp, ne permet de garantir le succès commercial . 2. rejettent également le projet de transformation de l’hôtel existant en galerie couverte, car − pour assurer le succès d’une galerie, il faut que celle-ci soit réellement un lieu de passage entre deux lieux que le public a intérêt à utiliser, ce qui n’est pas évident ici ; − le caractère spéculatif est présent et le succès aléatoire ; − les succès de tels passages à Liège, Charleroi et Bruxelles restent très mitigés ; − les galeries sont en quelque sorte démodées, à une époque où l’on veut des espaces aérés, sains et lumineux ; − enfin, les galeries vitrées sont d’un entretien onéreux. 3. mais marquent leur accord pour toute recherche d’une solution moins onéreuse et moins risquée qui tirerait parti de la situation présente dans l’attente d’une reconstruction éventuelle dans de meilleures conditions et dans un contexte économique plus favorable. Le projet en bord de Meuse sera repris par une autre société … qui ne fera rien non plus. Enfin, durant les mois de l’occupation allemande de Namur, la situation ne s’améliore pas, car l’hôtel est réquisitionné pour héberger des officiers et soldats allemands. Le gérant est payé en bons de logement qu’il doit essayer de se faire rembourser par les autorités namuroises qui n’ont pas le sou. Il ne dispose pas des ressources d’un café ou d’une brasserie. Les voyageurs payants sont inexistants et le commerce des vins au plus bas : conclusion : M. Schoeffter ne peut plus honorer ses loyers auprès de la Commission. En 1917, une des maisons de la rue Emile Cuvelier voit son bail résilié pour non paiement du loyer. N’ayant pu trouver un amateur, elle est louée sans bail, pour la durée de la guerre, au comité d’approvisionnement de la ville, pour 100 francs par mois …. Les loyers impayés vont s’accumuler durant les quatre années de guerre et entraîneront de sérieuses difficultés pour la trésorerie de l’hospice. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre