| L’hospice d’Harscamp et la première guerre mondiale |
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Quelques obus tombent sur Namur dès le 23 août 1914 après-midi : c’est sûrement l’un d’eux qui explose dans le jardin à quelques mètres de la statue d’Isabelle d’Harscamp, ne blessant personne mais provoquant des dégâts aux vitres de l’établissement.
La crainte des pensionnaires ira grandissant lorsque, des fenêtres de l’hospice, ils assistent le lendemain au défilé de troupes allemandes pénétrant dans la ville par le faubourg St-Nicolas et se dirigeant vers la place d’Armes. La ville résonne des canonnades sur les forts lointains, la rumeur de massacres se répand à travers la ville et quelques heures plus tard l’incendie de la grande place toute proche fait croire aux vieillards de l’hospice que leur dernière heure est proche. Aux premiers jours de la guerre, les trois sorties réglementaires sont supprimées et ce n’est qu’une fois la circulation dans le centre ville redevenue possible, que les pensionnaires sont autorisés à sortir le jeudi et le dimanche. Commencent alors pour eux comme pour tous les Belges, quatre années d’occupation avec ses séquelles, ses privations et ses drames. Mais il semble que l’occupant ne s’intéresse guère à ces vieillards et à leur hospice. Contrairement à l’hôtel d’Harscamp qui est réquisitionné par l’autorité allemande et qui doit héberger des militaires contre des bons de logement qui ne seront jamais payés, l’hospice va seulement souffrir des restrictions alimentaires qui se feront de plus en plus contraignantes. Avant la guerre, le kilo de viande coûtait 1,85 franc ; au début de la guerre, son prix passe à 2,20 francs, ce qui entraîne la suppression de deux fournitures de viande par semaine. En 1915, la hausse du prix se poursuit : 2,35 puis 2,80 francs et il n’est plus distribué de viande que les dimanches et les jeudis : les autres jours, elle est remplacée par du lard ou un féculent. De 5,25 francs/kg au second semestre 1916, les prix passent à une moyenne de 5,80 francs au 1er trimestre 1917, 8,90 francs au 2e trimestre, 9,90 francs au second semestre 1917. On n’a pas les chiffres pour la dernière année de guerre, ils doivent être astronomiques vu la rareté sur les marchés et la spéculation. Heureusement que, depuis 1917, la Commission des hospices avait créé une boucherie centrale pour tous les hospices de Namur, ce qui lui permet d’avoir une viande de qualité à un prix inférieur à celui des bouchers. Ce qui vient d’être écrit au sujet de la viande, peut l’être du lait, du pain et des autres productions alimentaires. En 1916, la Commission fait des plantations de pomme de terre sur des terrains appartenant au St-Gilles, ce dont profite l’hospice d’Harscamp. Malheureusement les plants hollandais étaient de mauvaise qualité et les intempéries annuleront les espoirs d’améliorer le quotidien des pensionnaires. Vu les difficultés d’approvisionnement en légumes, la pelouse de l’hospice est transformée en jardin légumier. Durant la dernière année de la guerre, on ira jusqu’à convertir le jardin d’agrément, dit jardin du cloître, en légumier pour la culture des haricots. Par ailleurs, l’administration achète deux chevaux qui sont hébergés à l’hospice, pour permettre l’acheminement du ravitaillement, le camionnage, la prise du lait à domicile et tout ce qui est nécessaire pour atténuer les privations ainsi imposées à la communauté. La guerre se terminera avec un dernier bombardement aérien en octobre 1918, ne provoquant que des vitres brisées à l’aile droite du bâtiment. La population qui a connu beaucoup de privations, mais ni épidémie, ni mortalité supérieure aux temps de paix, ni pressions insupportables de l’occupant, voit la fin du conflit avec soulagement. Seules les finances de l’hospice se retrouvent dans une situation plus que déficitaire qu’accentuera dix ans plus tard la crise financière des années 30. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre