Une oeuvre de deux siècles

Au terme de cette étude, il ne nous a pas paru nécessaire de rajouter de grandes conclusions : à chacun d’en tirer les siennes.
Une chose cependant reste : une sorte d’émerveillement et de fascination face à l’œuvre accomplie par tous les acteurs de cette longue et passionnante histoire qui a débuté il y a bientôt deux siècles et dont l’avenir est plein de projets à ce jour.


D’une part, il y a le collège des Collateurs et leurs présidents successifs qui y sont liés à des titres divers pour la plupart par parenté avec le comte Pontian d’Harscamp, mais aussi et surtout par générosité, dévouement et attachement à des idéaux nobles et désintéressés ; pour d’autres, parce qu’être membre d’une institution bicentenaire renforce les liens d’appartenance à un groupe qui maintient des traditions respectables. Avec le temps et les changements au sein de notre société, leur rôle face à l’indigence s’est amenuisé et a évolué vers la gestion d’un patrimoine immobilier important, garant de ressources stables mais dont, demain, il leur faudra peut-être trouver de nouveaux axes d’utilisation dans l’esprit de la bienfaitrice et en symbiose avec l’administration du CPAS de Namur.
D’autre part, il y a ces dizaines d’administrateurs et présidents de la Commission administrative des hospices civils, puis de la CAP ou du CPAS de la ville de Namur, qui ont fait et continuent à faire preuve également d’un grand dévouement pour les pauvres. Sur le terrain, ils ont géré au quotidien l’hébergement et l’entretien des trois mille et quelques58 pensionnaires reçus au titre de bénéficiaires de la Fondation d’Harscamp. Les problèmes matériels et financiers furent nombreux sur une aussi longue période et les conflits avec les Collateurs fréquents, du moins durant une partie du XIXe siècle ; la législation et les règlements furent moult fois changés, et les deux guerres mondiales apportèrent des moments difficiles pour tous. Ces difficultés vécues durant le siècle écoulé ont fait comprendre à tous la nécessité de travailler ensemble. Les relations entre l’Assemblée des Parents et les membres de la Commission n’en sont devenues que plus cordiales et concordantes.
Mais il y a encore tous ces anonymes, sœurs hospitalières jusqu’en 2001, personnel soignant ou d’entretien, cadres administratifs ou personnel subalterne, qui s’efforcent d’apporter ce supplément de bien-être qu’avait souhaité Isabelle Brunelle. Ce sont eux qui humanisent aujourd’hui la maison de retraite en prodiguant leurs compétences professionnelles et leurs sourires pour entourer des personnes âgées vivant de plus en plus longuement.
Enfin, au cœur de notre Fondation, s’inscrivent les pensionnaires, qui ont vu leur nombre et leur statut complètement bouleversés durant les 195 ans d’existence et de fonctionnement de la Fondation. Certes les chapitres qui précèdent, par la multiplicité d’exemples concrets, auront peut-être fait découvrir une réalité moins rose que celle que l’on voudrait ne retenir au terme d’un tel survol. Il est certain que les dernières années d’une vie dans un hospice au XIXe, voire loin encore dans le XXe siècle, présentèrent toujours un caractère difficilement acceptable pour notre regard contemporain. Les choses ont radicalement changé depuis un demi-siècle et cela au plus grand bénéfice de ceux qui vivent dans le dénuement et au crépuscule de leur vie. Même réduits à quelques unités, après avoir été 260 au milieu du XIXe siècle, ils demeurent les humbles maillons de la chaîne humaine qui depuis 1812 perpétue le souvenir d’une bienfaitrice hors pair.
Quant au patrimoine colossal qui fut légué à la Fondation par la comtesse d’Harscamp et que nous avions estimé largement au-dessus des dix millions d’euros actuels, il a suivi les aléas de l’histoire. De l’immobilier de départ cédé par testament, il ne reste plus aujourd’hui que quelques terres autour des deux fermes de Boing, situées dans la commune hesbignonne de Héron et une église classée patrimoine exceptionnel de Wallonie, avec une vocation culturelle encore à créer. Quant au reste, il n’est plus, tout a été vendu ou transformé. D'autres biens néanmoins ont pris la relève et assurent la sécurité financière future de l’Institution.
Puisse cette Fondation d’Harscamp nous apporter de nouvelles pages à écrire. Nous lui souhaitons bon vent à l’aube de ce troisième millénaire.