Le monument à Isabelle Brunelle

Fussiez-vous le plus insouciant des hommes, le plus malheureux ou le plus vil, mendiant ou banquier, le fantôme de pierre s’empare de vous pendant quelques minutes, et vous commande, au nom du passé, de penser aux choses qui ne sont pas de la terre. Tel est le rôle divin de la sculpture…
CHARLES BEAUDELAIRE, Curiosités esthétiques


Introduction

Namur n’échappe pas à la règle et connaît après l’indépendance du pays un développement de la statuaire de plein air1 sans atteindre, certes, la statuomanie2. Ce phénomène est consécutif à des facteurs d’ordre historique, économique, social ou culturel. Une volonté existe à ce moment de développer le sentiment national par le biais de l’histoire. L’académicien Adolphe Quetelet avait à ce propos, le projet, en 1854, d’embellir le parc de Bruxelles en créant un panthéon des gloires nationales. Cette proposition ne se concrétisa pas mais est révélatrice d’un état d’esprit. C’est dans ce contexte, que l’on entreprend la rédaction de la Biographie nationale, que l’on crée un Musée national, que l’on constitue la Commission des monuments et que tout naturellement s’édifient des statues et monuments à la mémoire de Belges illustres3.
En Belgique, la propagation sculpturale fut suscitée par la création du nouvel État, auquel s’imposa la nécessité d’affirmer son identité sur la place publique. Les statues qui sont la mémoire d’un peuple, bénéficièrent d’une attention particulière parce que, justement, elles étaient livrées au regard de tous alors que les peintures investies d’un rôle identique, restaient inaccessibles au plus grand nombre, confinées dans des administrations ou des musées peu fréquentés, voire interdits au peuple en sabots. La propagation des statues ne fut rendue possible que par l’extension de la ville selon des plans précis d’urbanisation, prévoyant, comme une nécessité, l’implantation de monuments pour des raisons politiques mais aussi de prestige, d’embellissement et d’éducation4.