La famille d'Harscamp et la Fondation d'Isabelle Brunelle

Isabelle Brunelle, comtesse d'Harscamp"Descendant de la branche hollandaise d'Arnhem, François-Pontian d'Hars­camp, dernier dea enfants de Charles-François et de Marie-Isabelle d'Argen-teau, généralement connu sous le prénom de Pontian, est né à Namur où il fut baptisé, le 15 mai 1717, à la paroisse Saint-Michel, actuellement Notre-Dame
II avait deux frères qui le précédèrent dans la mort et firent ainsi de lui l'unique héritier des vastes domaines de la famille. Pontian se préoccupa alors d'assurer l'honneur et l'éclat de son nom»

 

Jacques Godenne dans "Guide de l'Etranger à Namur" n° V

 

 

 

 

I. LA FAMILLE d'HARSCAMP

 

Origine des d'Harscamp


Descendant de la branche hollandaise d'Arnhem, François-Pontian d'Hars­camp, dernier dea enfants de Charles-François et de Marie-Isabelle d'Argen-teau, généralement connu sous le prénom de Pontian, est né à Namur où il fut baptisé, le 15 mai 1717, à la paroisse Saint-Michel, actuellement Notre-Dame
II avait deux frères qui le précédèrent dans la mort et firent ainsi de lui l'unique héritier des vastes domaines de la famille. Pontian se préoccupa alors d'assurer l'honneur et l'éclat de son nom»
Les biens-fonds des d'Harscamp, en Belgique, comprenaient :

  1. le fief du Château de Bierwart et celui de Chapauval (Bierwart),
  2. la seigneurie hautaine de Bierwart et Otreppe,
  3. la seigneurie de Barse à Hannesche,
  4. la seigneurie de Bossimé,
  5. la seigneurie de Rivière et Godinne et
  6. le bois de Marlière, dans l'Entre-Sambre et Meuse, non loin du village de Rivière,
  7. les seigneuries de Lustin, Maillen et Profondeville,
  8. les fiefs de Dompière et d'Archée,
  9. la seigneurie de Fernelmont,
  10. le fief de la Tour-Gobin à Noville-les-Bois et
  11. la seigneurie de Tongrenelle.


Pontian d'Harscamp devint aussi seigneur de Rendeux (arrondissement de Marche) en 1762. Le 14avril 1769, il acheta à la princesse de Croy la sei­gneurie de Montigny - sur-Meuse, près de Vireux.
Outre ses terres de la province de Namur et du pays de Liège, le comte d'Harscamp possédait d'immenses propriétés en Europe Centrale : en Bavière, en Hongrie et en Pologne»

 

II. LE DERNIER DES d'HARSCAMP

 

Pontian d'Harscamp et Isabelle Brunelle

 

Capitaine de dragons au service de l'Autriche, Pontian d'Harscamp était âgé de près de trente ans lorsqu'il dû se rendre pour une cure de santé, à Aix-la-Chapelle; il y fit la connaissance d'une jolie et charmante jeune fille de la petite bourgeoisie, dont les parents, Herman Brunelle, coiffeur-perruquier, et Jeanne-Marie Tilmans, sa femme, demeuraient 106, rue Royale, où Pontian avait loué un appartement. Une plaque commémorative a été appli­quée sur cet immeuble par une gracieuse attention de la Société d'Histoire d'Aix-la-Chapelle.

Les parents de la future comtesse d'Harscamp avaient deux filles. L'aînée, celle qui nous occupe, baptisée le 3 septembre 1724, s'appelait Marie-Isabelle. Elle avait reçu une excellente éducation, ses dévoués parent n'ayant pas hésité à l'envoyer en pension à Liège, où existait une maison renommée.

Isabelle Brunelle, comtesse d'HarscampSoti panégyriste nous en a laissé un portrait flatteur et il la classe au "nombre des femmes fortes que Dieu suscite de temps en temps, qu'il élève au-dessus des faiblesses de la nature humaine et qu'il rend dignes de servir d'exemple et d'ornement a leur siècle,,".

Le comte d'Harscamp lui apportait les honneurs et la fortune. Lui, il lui manquait une parfaite santé et les douces affections du coeur. Ces bien­faits lui furent apportés par la jeune et jolie Aixoise, Isabelle»

Après trois années de mariage, elle donna le jour à un fils, Wenceslas-Stanislas, baptisé à Chomranice, en Hongrie, le 29 août 1751.

Un second fils, François-Joseph, baptisé le 4 décembre 1753, dans 1' Eglise de Leutschau. Ces deux descendants des d'Harscamp devaient mourir respectivement à 18 et 17 ans de la terrible variole, à dix jours d'in­tervalle, en juillet 1769. Ils furent ensevelis à Neu-Sandec, dans l'abbaye du Saint-Esprit. Une fille., rée en 1759, était morte à l'âge de six ans.

A la suite de cette triple catastrophe, le comte et la comtesse d'Hars­camp vinrent habiter le Château de Fernelmont, commune de Noville-les-Bois, près de Namur.

Ils y tinrent un grand train de maison, jusqu'à la mort de Pontian, à Fernelmont, le 12 floréal, an II (1er mai 1794). Il fut inhumé dans le cimetière de Noville-les-Bois, contre le choeur, derrière l'autel dédié à Saint-François d'Assise.

 

LE TESTAMENT DE PONTIAN d'HARSCAMP


Rédigé le 1er mai 1787, il instituait la comtesse sa femme héritière de tous les acquêts réalisés pendant le mariage, de même que l'hôtel du marché de l'Ange; il voulait que la seigneurie de Montigny-sur-Meuse (forêt de 600 hectares) fut vendue dans l'année du décès du comte, au profit de sa veuve. La comtesse dû se résoudre à exécuter cette clause, mais elle racheta elle-même la dite seigneurie, elle la légua ensuite pour la fondation de 1' Hospice d'Harscampo Ces bois, situés entre Givet et Monthermé, s'appelent toujours "Forêt d'Harscamp".

 

GRANDEUR ET MISERE


Après le décès de son mari au Château de Fernelmont, survenu le 1er mai 1794, elle abandonne cette terre qu'elle ne veut plus revoir. Ses af­faires l'appelent en Allemagne, elle quitte notre pays le 1er juin 1794.
La Révolution française lui vaut beaucoup de tribulations : biens sé­questrés, etc.». En fin de compte et après bien des démarches, l'empereur les lui rend. Elle revient vivre en Belgique, en son hôtel d'Harscamp, où elle meurt subitement le 18 floréal, an XIII (8 mai 18O5, à l'âge de quatre-vingt-un ans.

 

III. LE TESTAMENT D'ISABELLE BRUNELLE


Deux testaments ont été rédigés :
le premier à Fernelmont, le 28 avril 1788
le second à Wasseige, le 29 janvier 18O5 (9 pluviôse, an XIII); celui-ci consacre les fondations d'Aix-la-Chapelle et de Namur qui visaient l'une comme l'autre à venir en aide aux pauvres honteux "dont les parents ou les aïeux vivaient dans une certaine aisance", et à condition qu'ils aient été de bonne conduite et qu'ils soient toujours de bonne réputation.

 

IV LA FONDATION d'HARSCAMP


Les biens-fonds et rentes cités plus haut devaient servir à établir un hospice à Namur, dénommé "Hospice d'Harscamp" en mémoire du comte : II portera le nom d'Harscamp, disait-elle dans son testament, en mémoire de mon très cher époux, et sera fondé pour secourir des personnes des deux sexes, en nombre égal, âgées au moins de soixante ans, issues d'une famille dont les père et mère ou les aïeux vivaient dans une honnête opulence, et qui se trouveraient sans ressources pour subsister, à charge d'en faire la preuve et celle d'une bonne conduite.

La maison dite "Hôtel d'Harscamp", située sur le marché de l'Ange, à Namur, sera destinée au logement des individus qui jouiront de cette fondation pendant le cours de leur vie. Ils y recevront nourriture, vêtement, chauffage, etc.».".

 

LE CHOIX D'UN LOCAL


L'hôtel d'Harscamp ne convenant guère à l'installation d'un hospice, les exécuteurs testamentaires et les membres de la Commission des Hospices profitèrent de l'offre de donation de leur couvent que leur firent les Récollets, en échange d'une rente de cinq cents francs, pour chacun des dix pères prêtres, et de cent soixante-sept francs pour chacun des six frères»

La passation de l'acte eut lieu par devant Maître N.Jc Buydens, notaire à Namur, le 2 décembre 18O7, M. DOUXCHAMP, futur directeur de l'Hospice, étant "mandataire" de la Commission des Hospices.

Cette libéralité fut autorisée par décret de l'empereur Napoléon, le 18 septembre 18O7.

Le legs et un règlement d'ordre intérieur pour la Fondation d'Harscamp furent approuvés en date du 26 septembre 1811, par décret de Napoléon, à bord du navire de guerre "Charlemagne", (le premier décret d'autorisation avait été signé le 18 septembre 1807).

 

V. L'HOSPICE d'HARSCAMP


II fut inauguré le 1er octobre 1812. Il y a donc jour pour jour 163 ans.
40 vieillards : 20 hommes et 20 femmes, y avaient été admis»

Le 16 mai 1814, le nombre des pensionnaires fut porté à 80.
Le 16 mai 1815 : 114
Le 15 novembre 1815 : 130
En 1872 : 240

En cent ans, plus précisément à la date du 16 mai 19O5, les admissions avaient atteint le chiffre de 2.804 vieillards : 1.476 hommes et 1.328 femmes.

LA STATUE D'ISABELLE.BRUNELLE (1872)


Les fêtes de l'inauguration.
Sur l'initiative du docteur Louis RONVAUX, originaire de Noville-les-Bois, le Collège des Collateurs, la Commission des Hospices et l'Administration communale décidèrent l'érection d'une statue d'Isabelle Brunelle dans le parc de l'hospice. L'Ami de l'ordre du 17 mai 1872 rapporte la cérémonie et écrit notamment :

Statue d'Isabelle Brunelle, comtesse d'Harscamp"La Comtesse qui était grande et forte, sans embonpoint, et dont le visage rappelait assez les traits de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, est représentée, en grandeur naturelle, débout, en costume Louis XV, tenant à dans la main gauche son testament."»

Cette statue, oeuvre d'un des plus grands sculpteurs belges, Monsieur G. Geefs, est remarquable de majesté, de dignité et de bonté, Elle est en pierre blanche et repose sur un piédestal en pierre bleu, ornée de consoles aux angles» Les panneaux portent les inscriptions suivantes :

De face :

Isabelle BRUNELLE
Comtesse d'Harscamp Fondatrice de l'hospice d'Harscamp 29 janvier 1805

A droite :

née à Aix-la-Chapelle
le 3 septembre 1724

A gauche :

décédée à Namur
le 8 mai 1805

Côté établissement :

érigé
le 15 mai 1872

 

VII LE CENTENAIRE DE 1905


La comtesse était décédée le 8 mai 1805, Son testament ouvert le lendemain, l'hospice recevait ses premiers bénéficiaires le 1er octobre 1812.

Le 7 mai 19O5, au Kursaal.de Meuse, à Namur, un concert était donné par l'excellente musique du 1er Lanciers, prolongé par l'exécution d'une vibrante Brabançonne et une conférence sur la Fondation d'Harscamp qui se terminait par les cris de :

" Vive Isabelle BRUNELLE ! Vive la Comtesse d'Harscamp ! "

 

Le 14 mai 1905, à Noville-les-Bois et Fernelmont, un groupe important de Dames et Messieurs, pensionnaires d'Harscamp, viennent en pèlerinage au tombeau du Comte et de la Comtesse au cimetière de Noville-lesBois. Un béné­ficiaire de la Fondation rappelle les mérites d'Isabelle BRUNELLE, au pied du monument, puis une dame récite le chapelet, tous les assistants répondent à haute voix au pied de ce beau monument de Noville-les-Bois, en pierre de taille, dressé dans l'allée centrale du cimetière (à Sart d'Avril)» II porte les inscriptions suivantes  :

Isabelle BRUNELLE Comtesse d'Harscamp
née à Aix-la-Chapelle le 3 septembre 1724 décédée à Namur le 8 mai 1805
Sur l'un des côtés : érigé le 31 août 1877»

D'Aix-la-Chapelle, Monsieur Philipp Veltman, oberburgermeister, par son délégué, le docteur TALBOT, adressa à la Fondation de Namur, la lettre suivante :

Monsieur,
Je ne puis m'empêcher de vous exprimer mes profonds remercie­ments des peines que vous avez bien voulu prendre pour célébrer le centième anniversaire de la mort de la Comtesse d'Harscamp»
Nous donnerons suite à votre initiative en faisant célébrer, à la mémoire de la défunte, une messe solennelle, en la Cathédrale d'Aix-la-Chapelle, et en mentionnat l'anniversaire de "notre bienfaitrice" dans la prochaine scéance du Conseil Municipal. Le Bourgemestre en chef, par délégation, Dr Talbot