| Les divers relevés de l’architecte Durant |
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Mais ce n’est qu’après l’approbation des fondations par Napoléon le 23 décembre 1805 que François-Joseph Durant, architecte, géomètre et vérificateur de l’arpentement des communes du département de Sambre et Meuse, est chargé d’examiner et de faire rapport comparatif sur les trois implantations possibles (56).
Son rapport commence par l’énoncé précis du cahier des charges donné par les exécuteurs : cet hospice devra contenir cent et quatorze individus au moins et deux cents au plus moitié hommes moitié femmes, qu’il devra y avoir un logement pour un Directeur, qu’il y faudrait une chapelle, deux réfectoires, deux sales de malades, deux d’infirmes, une brasserie, une boulangerie, cinq ou six sales de travail, qu’il se pourrait qu’il y faudrait un logement pour une douzaine de sœurs hospitalières, enfin tous les bâtimens convenables à un semblable établissement (57). Et de poursuivre, après calcul de l’espace nécessaire à chaque fonction : j’ai trouvé que pour que cet hospice fut passablement commode et sain, il fallait au moins une superficie de 6,666 mettres quarés ou 77,000 pieds de St Lambert. Durant procède au mesurage des trois sites suggérés par les exécuteurs. Le premier est l’hôtel d’Harscamp, place du Marché de l’Ange et lieu désigné par le testament. Sa superficie propre n’est que de 26.000 pieds carrés de St Lambert, soit le tiers seulement de la superficie théorique. En y ajoutant les maisons voisines appartenant à M. Misson et à des particuliers ou des terrains comme celui provenant du couvent des Ursulines et de M. Bourguignon, cela serait à peine suffisant. Selon son rapport, ce site centre ville ne convient pas du tout, car la plupart des bâtiments sont vieux et dégradés, dispersés et construits à des époques différentes, dont une partie devrait être détruite et reconstruite ; en plus des dépenses à l’hôtel pour 20.000 francs au moins, l’achat des maisons s’élèverait à 100.000 francs, auxquels il faudrait encore ajouter en constructions nouvelles et réparations quelque 180.000 francs. Soit un coût total d’environ trois cent mille francs (plus d’un million d’euros) : à rejeter sans l’ombre d’une hésitation. Le couvent des Bénédictines de la Paix Notre Dame, rue de Bruxelles, serait suffisamment vaste, puisqu’il couvre 12.110 m² ou 140.000 pieds carrés de St Lambert. Inconvénients à ce site : une rue (l’actuelle rue Joseph Grafé) est projetée par la ville et n’appartient dès lors pas au propriétaire actuel. Il serait aussi utile d’acheter une maison appartenant à un religieux. Quant aux bâtiments du couvent, Durant les estime appropriés pour un hospice, car grands, aérés et salubres. Toutefois de nombreuses réfections seraient nécessaires car les locaux n’ont plus été entretenus depuis des années : toutes les toitures sont dans le plus grand délabrement, les gouttières ont la plupart disparu et les plafonds et les planchers ont souffert d’infiltrations d’eau. Après la vente comme bien national, tous les plombs et fers ont été arrachés et sont à remettre en place. L’absence d’égouts et l’obstruction d’un canal d’évacuation au niveau de l’église maintiennent l’humidité au niveau du rez-de-chaussée et entraînent chaque hiver la stagnation des eaux dans les caves. Par contre, l’église est très belle et son chœur serait assez vaste pour contenir tous les pensionnaires de l’hospice. L’architecte estime le coût de certaines démolitions et reconstructions pour adapter les lieux au séjour d’un directeur et de la communauté religieuse, à environ 150.000 francs (525.000 euros). Le dernier site visité est le couvent des Récollets, pour lequel Durant reçoit d’un des pères un plan en grand. Des trois sites, c’est le plus vaste : 16.085 m², plus de 184.000 pieds carrés ou environ un Bonnier et demi et 80 verges, plus que nécessaire pour l’hospice à créer. Les bâtiments conventuels les plus récents remontent au début du XVIIIe siècle mais sont sains, malgré la présence du Hoyoux et de l’Arquet qui, venant de la place de l’Ilon par devant la nouvelle église Notre-Dame, sont voûtés et coulent sous les ailes du couvent et reçoivent les latrines, les eaux sales et généralement tous les immondices. L’église est spacieuse et est toujours rattachée au couvent. Quant au vaste jardin, il est contigu au rempart dit des Récollets (58), au pied duquel coule la Meuse. Le couvent vit replié sur lui-même, entouré de murs de clôture contre lesquels ont été plantés des arbres fruitiers. Le rempart est lui-même planté d’arbres et forme une sorte de promenade à laquelle donne accès une rampe au bout de la rue du Trou de Gravière, près de la tour de St-François. D’une manière globale, les bâtiments conventuels, en ce compris les maçonneries, les caves et les charpentes, sont en bon état, même si des planchers et des plafonds ont souffert et que les toitures exigent de promptes réparations. Pour rappel, le 16 août 1797, un tanneur, Lambert-Adrien Baré de Comogne avait acheté pour la coquette somme de 150.000 francs (plus de 500.000 €) l’ensemble du couvent, y compris l’église, en lieu et place des Pères. Les archives de Namur gardent un registre (59) où sont consignées les recettes des locations du couvent. La draperie (où les Pères faisaient les bures pour plusieurs couvents de la province) se louait 50 florins par semestre, tout comme le quartier de la syndic60 avec le jardin du cloître, ou encore l’infirmerie. Le grand jardin et un bâtiment étaient loués 70 florins pour six mois, tandis que le réfectoire était occupé pour un loyer annuel de 160 florins ; même des chambres individuelles étaient louées au mois. Plusieurs fois par an, Baré envoyait son préposé récupérer la recette, mais rien ne dit qu’il la rétrocédait aux Récollets. Sept ans et demi plus tard, un acte de transaction conclu devant le notaire Buydens, le 16 janvier 1805, mettait fin au différent entre les parties et les seize Pères encore en vie ou en activité à Namur retrouvent la pleine et entière propriété de leur couvent. Cette occupation quasi continue explique certainement que le couvent, malgré quelques dégradations dues aux occupations diverses, a néanmoins traversé sans trop de dégâts la phase révolutionnaire plus dévastatrice en d’autres lieux. Il nous a paru intéressant de reprendre in extenso le projet de l’architecte Durant qui opte sans hésiter pour le couvent des Franciscains, ignorant le prix qui en serait demandé. Pour lui ce couvent est un maître-choix qui satisferait aisément et sans trop de modifications, le cahier de charges avancé par les exécuteurs testamentaires. Voici l’arrangement que je proposerais si on choisissait ce local pour l’hospice. La grande entrée serait par M par la cour de l’église. Je laisserais aussi subsister celle en B, mais celle en A resterait habituellement fermée et ne servirait qu’à l’usage de la brasserie D et boulangerie E dont les remises à chauffages seraient à coté. On pourrait destiner le bâtiment H1 pour le Directeur. Il y aurait peu de changement à y faire. La partie K pourrait être arrangée pour l’usage des religieuses hospitalières, qui auraient une tribune en I sur le chœur de l’église et leur sortie par A. En H2 on pourrait établir des magasins et des remises. Le réfectoire G pourrait se partager en deux par un mur de douze pouces et on formerait ainsi deux de 42 pieds de long par 25 de large et plus que suffisant, chacun, pour manger a 80 personnes. Je proposerais de placer les deux sales d’infirmes de manière à ce que l’une put avoir une tribune sur l’église vers I et l’autre vers O. De démolir entièrement la partie L qui était la sale du chapitre et de ne laisser des cloîtres que ce qui serait nécessaire pour la communication d’un bâtiment à l’autre, par ce moyen le jardin des cloîtres deviendrait une belle cour et l’on donnerait ainsi beaucoup plus d’air et de jour aux bâtimens restants. J’estime que ces changements avec toutes les réparations pourraient couter 66.000 francs. Le seul inconvénient que je trouve à ce local, c’est qu’il est sujet aux eaux dans les débordemens de la Meuse, mais ces grands débordements arrivent rarement, et depuis 1790 que j’habite Namur, je n’en ai point encore vu. Dans les caves, l’eau y vient moralement tous les hivers, mais par les ruisseaux et canaux qui les traversent, elles se retirent dès que la Meuse baisse et n’y croupissent jamais. D’ailleurs pour éviter les inconvénients qui pourraient résulter des eaux, il y a des caves faites exprès pour l’hiver, presqu’au rez de chaussée, et quant aux logemens, les bâtimens sont assez grands pour les placer tous au premier étage. Telles sont donc les considérations écrites que l’architecte-géomètre Durant transmet le 10 mars 1806 aux exécuteurs testamentaires. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre