| Le choix de l’ancien couvent des Récollets |
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Dès le 2 avril, ceux-ci transmettent une copie de son rapport à la Commission des Hospices, en même temps qu’un tableau approximatif de l’actif de la succession. Ils insistent sur les avantages du couvent des Récollets : possibilité de l’acquérir en rente viagère pour un montant maximum de 6000 francs (un peu plus de 20.000 € la première année) et une somme annuelle décroissante au fur et à mesure du décès des religieux ; possibilité de laisser à l’église son statut d’église paroissiale, avec un prêtre à disposition des bénéficiaires de l’hospice. Seul bémol : les grandes inondations, mais elles sont peu fréquentes.
Dans une lettre du 27 avril 1806, la Commission leur répond qu’elle partage leur opinion : «notre choix s’est aussi fixé sur le couvent des récolets, en conséquence nous nous sommes adressés au gouvernement, à effet d’être autorisés à en faire l’acquisition pour ledit hospice». Le même jour les exécuteurs testamentaires adressent une missive au préfet Pérès, pour lui demander de bien vouloir transmettre à l’Empereur la demande d’autorisation à accepter le don des Récollets, rappelant que la Commission des hospices dûment informée serait à même de lui rendre son avis. Est jointe à cette lettre l’offre de donation faite aux exécuteurs par les propriétaires du couvent. Nous verrons que cette acceptation officielle prendra plus d’un an. Pour conclure ce paragraphe consacré au choix définitif du lieu où sera implanté l’hospice, il faut encore signaler que, fin avril 1806, les exécuteurs reçoivent un rapport (61) élaboré par le docteur P. Dewandre, licencié en médecine, maître en chirurgie à l’université de Louvain et à Namur, qui suggère un choix opposé entre les deux couvents en lice. Ses considérations sont d’ordre médical et «environnemental». Ainsi au sujet de l’hôtel d’Harscamp, il pose cette question : «l’air conservateur de la santé, si indispensable à l’existence, n’y serait-il pas dans un état trop concentré, trop peu dévelopé, conséquemment nuisible à ceux qu’on a voulu combler de tant de bienfaits ? Une masse de bâtimens très élevés, très rapprochés, qui entourent cet hôtel, empêchera sa libre circulation, alors chargé d’une quantité de miasmes hétérogènes flotantes dans son étendue … La proximité du befroid, la situation qu’on ne peut changer, ni éloigner, est encore un inconvénient qui n’en mérite pas moins beaucoup d’attention …» Son rejet du couvent des Récollets est basé sur une argumentation qui nous fait sourire, même si elle s’exprime à l’encontre d’une localisation qu’aujourd’hui on analyserait plus attentivement pour des motifs d’hygiène similaires, mais auxquels on prêtait une attention moindre il y a deux siècles. «L’inondation des caves et autres lieux bas, l’absorption des eaux par les terres du jardin à proximité des brouillards, des émanations humides de la Meuse, près des usines ou fabriques de cuivre, de celle de colle, de celle des pots de terre de la verrerie, des tanneries, d’un égout d’immondices : or l’on sait que dans les lieux bas, l’air y est beaucoup plus pesant, et moins élastique que dans des endroits élevés …». Et de continuer en décrivant de la façon la plus crue les effets nocifs sur la santé des pensionnaires d’un hospice qui serait situé dans un tel environnement. D’où son choix sans réserve du couvent des Bénédictines qui «ne présente guère de désagrémens, sa situation pour la salubrité est une des plus agréables de cette ville. Situé à la partie la plus élevée, il jouit d’un air libre dont rien n’empêche la circulation; le site est beau …». Ce rapport ne semble avoir reçu aucun écho de la part des exécuteurs (62). Mais il est vrai que le choix de l’implantation venait d’être fait et que par ailleurs le mandat officiel des quatre exécuteurs testamentaires arrivait à son terme fixé par la loi. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre