| La fortune d’Isabelle Brunelle et ses legs en faveur des pauvres |
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Faisons un arrêt sur une question qui vient à l’esprit de tout lecteur qui n’aura pas manqué d’être étonné des sommes avancées dans les pages qu’il vient de lire : quelle était donc la fortune dont disposait la comtesse d’Harscamp et quelles sont les sommes qu’elle mit ainsi à la disposition de ses deux fondations principales ?
Nous devons reconnaître que le calcul n’est pas toujours aisé, que les chiffres sont incomplets, que des recherches ultérieures permettraient de mieux cerner, par exemple, les montants prêtés aux particuliers. Contentons-nous donc de donner des ordres de grandeur, avec cette clef de conversion que nous rappelons : un franc de 1805 équivaudrait à trois euros cinquante de 2007. Conversion qui à notre humble avis représente un minimum. • Une partie importante des ressources financières de la comtesse provenait des sommes prêtées à des particuliers, et constituait ainsi un matelas de rentes annuelles dépassant les 50.000 francs. Certaines rentes importantes, comme celle du duc de Croy, n’étaient plus payées depuis des années mais continuaient à produire des intérêts qui étaient comptabilisés. Le montant total de ces capitaux prêtés a été estimé globalement à cinq millions d’euros. • D'autres sommes étaient encore détenues par des banquiers étrangers et dont la plus importante était représentée par des obligations de la banque de Vienne, en Autriche. L’ensemble pesait 750.000 francs, deux millions six cent mille euros, que le testament demandait de rapatrier pour être versé aux œuvres pieuses. • Significatif de cette richesse qui "sonnait" de toute part : le montant surprenant des inventaires effectués par les notaires dans les cassettes laissées dans les lieux où Madame d’Harscamp passait quelques semaines ou quelques mois de l’année : quelque 300.000 francs ou plus d’un million d’euros ! Lors de la clôture des comptes en mai 1806, les divers receveurs firent encore dépôt de plus de 220.000 francs en provenance des revenus des terres qu’ils géraient, soit huit cent mille euros. Nous avons déjà un total avoisinant les … neuf millions cinq cent mille euros. • Il n'a pas encore été tenu compte de patrimoine immobilier : tel le remarquable château de Marchin (dit la Belle-Maison) dont la valeur est inestimable et d’un château plus petit (?) qu’elle possédait à Rendeux-haut, avec des terres et revenus non négligeables. Comment évaluer toutes ses autres propriétés foncières (un grand hôtel namurois, deux fermes, des centaines d’ha de prairies, bois et forêts) qui seront données à la Fondation avec les revenus qui leur sont attachés. Il est impossible de donner une valeur actuelle à l’ensemble de ce patrimoine immobilier, dont elle était propriétaire. • Sans compter l'usufruit des châteaux et terres que son mari lui avait conservé et dont les receveurs lui remettaient régulièrement les décomptes. En conclusion, un seul adjectif peut qualifier la fortune d’Isabelle d’Harscamp à son décès : elle est tout simplement colossale ! D’autant plus surprenante qu’elle s’était constituée dans une famille de moyenne et récente noblesse, dans une ville et dans des terres qui ne seraient pas citées à priori comme sièges de fortunes importantes. Certes, nous savons que cette fortune ne fut pas attribuée dans sa totalité aux deux fondations qu’elle voulait ardemment constituer. Et l’intérêt de cette étude sera d’en avoir qualifié les principaux bénéficiaires : • La propriété du château de Marchin sera transférée à Constant de Namur d’Elzée et celle du château de Rendeux à son filleul Pontian de Chennevière. • Pour sa famille, Madame Isabelle Brunelle constitue des legs héréditaires et quelques rentes viagères pour un total que nous avons arrondi à 700.000 francs, un montant approchant les deux millions et demi d’euros ! • Au vicomte Henry-Claude de Namur d'Elzée, elle lègue des terres et des rentes. Les rentes viagères qu’elle attribue à diverses personnes en 1805, si elles ne représentent que 10.255 francs, nécessitent quand même la mise en réserve d’un capital de deux cent cinquante mille euros si elles étaient créées sur la base d’un intérêt à 4%. Etablies en viager, elles redeviendront un jour disponibles pour la Fondation. • La piété qui anime Isabelle a un prix lorsqu’il s’agit de fonder des messes ou des distributions aux pauvres d’Aix-la-Chapelle et dans une dizaine de villages : une partie des rentes existantes sera donc affectée à l’alimentation de ces générosités. Tout ce qui restera de disponible servira à financer d’abord la création de quatre fondations à Aix-la-Chapelle qui nécessiterait une rente de 20.400 francs (hors frais) à 3 % et la cession définitive d’un capital de 680.000 francs ou quelque deux millions quatre cent mille euros. Cette fondation ne sera toutefois pas totalement réalisée dans l’immédiat. Quand ces prélèvements auront été effectués, tout ce qui restera devra être affecté par les exécuteurs ou ceux qui leur succéderont à la création d’un hospice à Namur. Quel montant reste-t-il ? Il n’est pas possible d’en déterminer l’importance avec précision. Citons simplement la phrase que le vicomte Desmaret de Biesme, le comte de Ribeaucourt et le baron de Woelmont d’Hambraine reprendront dans le rapport qu’ils présentent à l’assemblée générale des Parents du 15 novembre 1862 – seule allusion chiffrée au patrimoine initial de la Fondation : par son testament, Madame Isabelle d’Harscamp a affecté des biens valant au-delà de trois millions (de francs) à la création à Namur d’une maison de retraite. Ce qui équivaudrait à plus de dix millions et demi d’euros … entre quatre et cinq cents millions de francs belges. On n’est plus à ce stade à quelques milliers d’euros ou millions d’anciens francs près … |
Cécile Douxchamps-Lefèvre