Fondation d'Harscamp

 

 

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Fondation d'Harscamp
Les fondements Du testament à l'Hospice La base patrimoniale pour les fondations d’Aix-la-Chapelle et de Namur
La base patrimoniale pour les fondations d’Aix-la-Chapelle et de Namur Imprimer Envoyer
Ayant ainsi disposé nominativement d’une partie de sa fortune pour des legs et des rentes «personnalisées», Madame Isabelle d’Harscamp décrit les biens fonciers et les rentes qui lui restent, auxquels elle ajoute sa succession mobilière, pour financer ses deux grands projets : d’abord quatre fondations à Aix-la-Chapelle et ensuite, avec tout ce qui restera de disponible, l’établissement d’un hospice à Namur.

Le patrimoine immobilier

Madame d’Harscamp de par son origine relativement modeste ne disposait pas d’une fortune immobilière personnelle. Les divers châteaux où elle résida avec son mari – celui de Fernelmont est celui qu’elle préféra et occupa jusque 1794 - ne lui avaient été laissés qu’en usufruit (10). En pleine propriété, elle n’avait reçu de feu son mari qu’un patrimoine immobilier assez réduit dont elle lègue une partie au vicomte de Namur d’Elzée et à Monsieur de Chennevière, comme il vient d’être fait mention.
Ce qui subsiste encore se «limite» à quelques biens acquis après son mariage : 

− un hôtel pour voyageurs au Marché de l’Ange à Namur, qui porte le nom d’hôtel d’Harscamp, dans lequel Madame la comtesse disposa à un moment d’appartements privatifs.
− des bois à  Montigny-sur-Meuse au sud de Givet, d’une superficie de plus de cinq cents ha (canton de Rocroy),
− deux fermes situées à Boing près de Héron (arrondissement de Huy),
− diverses pièces de terres, prairies et une petite maison situées sur les communes de Noville-les-Bois, Bierwart et Pontillas, toutes situées non loin de Fernelmont et représentant quelques soixante ha de terres cultivables. 
Tous ces biens sont affermés, c’est-à-dire loués à des tiers qui les exploitent (l’hôtel d’Harscamp est à cette époque le seul hôtel quatre étoiles de Namur où descendent des hôtes de prestige et de nombreux voyageurs) et les cultivent (fermes de Hesbaye). En ce qui concernent les bois situés sur les coteaux de la Meuse en France, ils font l’objet de coupes annuelles soumises à des ventes publiques. Divers receveurs comptabilisent les recettes et paient les dépenses pour le compte d’Isabelle d’Harscamp.  

Le patrimoine prêté sous forme de rentes :

Plus conséquents sont par contre ses revenus de «rentière» : pour preuve, la liste des rentes, une fois les legs acquittés, s’allonge sur huit pages de son testament (p. 26 à 33). 

Expliquons-en brièvement le mécanisme : la rente permet à un crédit rentier possédant de l’argent de le prêter contre bonne hypothèque enregistrée devant notaire à un taux variant entre 2,5 % et 5 % l’an, selon le débit rentier, l’importance du capital demandé et un système de taux variables. Madame d’Harscamp, en bonne gestionnaire de la fortune familiale, tient absolument à ce que l’hypothèque soit prise sur un bien fonds de l’emprunteur, de bon rapport et sur lequel ne pèsent pas trop de charges. Souvent aussi, les débiteurs sont bien connus du prêteur et fréquentent la même société. Ce qui en ces temps troubles de la fin du XVIIIe siècle ne met pas le prêteur à l’abri d’un non paiement (11)

Si l’on additionne toutes les rentes dont bénéficiait la testatrice, on arrive à un total annuel approchant 44.500 francs pour celles des particuliers et 9.225 francs pour celles dues par des collectivités – Etats de Liège, ville d’Aix-la-Chapelle, métier des brasseurs à Huy et commune de Cornelis Munster, près d’Aix-la-Chapelle. Soit au total : un revenu annuel minimum de 53.750 francs argent de France (12) (presque 200.000 € !).

A quels capitaux «prêtés» correspondent ces rentes ? Le testament ne le dit pas13. Seul celui accordé avant 1792 au prince de Croy est précisé par la suite : 342.500 florins de Liège faisant en argent de France 434.920 francs -  prêté à 3 ½  %; réduit à 3 % avec escompte (soit 13.047 francs de rente) -  ce qui correspond à un capital supérieur à 1.500.000 € - soixante millions de francs belges de 2002. 

En retirant ces quelques 13.050 francs des 53.750 de rente annuelles, il reste encore 40.700 francs, provenant de capitaux prêtés que nous calculons à un taux moyen de 4 % : cela représenterait 1.017.500 francs argent de France ou plus de 3.500.000 € - près de 150 millions d’anciens francs belges !
Au total, nous pouvons ainsi comptabiliser l’équivalent de plus ou moins cinq millions d’euros qui, depuis des années, ont été prêtés à des tiers par les époux d’Harscamp ou Madame seule.  Ces sommes sont couvertes par des hypothèques de dix ou quinze ans. A leur terme, elles sont soit renouvelées pour un nouveau «terme» avec de nouveaux taux, soit tout simplement remboursées en capital.  Dans le second cas, le capital libéré redevient disponible pour répondre à de nouvelles sollicitations. En quelque sorte, le crédirentier joue à la banque avec sa fortune mobilière. Même les exécuteurs testamentaires seront de la sorte sollicités par divers débirentiers offrant de solides hypothèques pour disposer d’argent liquide à un taux qui aujourd’hui nous paraîtrait bien faible. Le décès de Madame n’empêche nullement le système de perdurer.

La succession mobilière ou le capital réalisable

Mais ce n’est pas encore tout : à son décès, Madame d’Harscamp possédait encore à l’étranger des capitaux, dont la masse la plus importante était représentée par des obligations sur la banque de Vienne et dont l’origine devait remonter à des cessions d’actifs après leur départ de Galicie. Madame d’Harscamp en destine une partie à ses héritiers du coté de sa mère : ce qui restera n’est pas négligeable puisque les 276.200 florins, argent de Vienne, convertis en argent de France, représentent plus de sept cent mille francs en cette année 1805 (deux millions et demi d’euros). Auxquels s’ajoutent deux sommes auprès de banquiers à Francfort et d’un comte hongrois pour quelque 45.000 francs (157.500 €).

Madame Isabelle d’Harscamp ne néglige rien pour que le moindre franc soit disponible pour ses fondations et pour les pauvres qu’elle veut soulager. C’est ainsi que ses exécuteurs testamentaires seront invités à monnayer tout ce qu’ils trouveront et qui peut être vendu à la hausse, c’est-à-dire aux enchères, à ne rien laisser comme ses voitures, équipages, mobilier, vaisselle qui ne puissent être convertis en argent sonnant et trébuchant.
Dans les divers châteaux et maisons qu’elle a occupés, un inventaire fouillé de ses cassettes sera exécuté par les notaires et juges de paix pour qu’aucune pièce d’or ou d’argent, même écornée, ne soit soustraite à ses volontés testamentaires : les sommes ainsi récupérées dont nous verrons qu’elles sont très importantes, serviront d’abord à en acquitter les charges et dettes, et à fournir à tous frais quelconques pour remplir mes volontés. Après quoi le restant, y joint mes biens fonds et rentes, acquis et à acquérir, dont il n’a pas été disposé par le présent testament, sera employé à l’établissement d’une fondation pieuse à Aix-la-Chapelle, et d’un hospice en la ville de Namur, pour servir d’azile à des malheureux (p. 36).

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" Le destin d'Isabelle Brunelle est de ceux où la réalité dépasse la fiction, surtout dans la société d'Ancien régime marquée par des privilèges de castes générant eux-mêmes d'importants revenus matériels.

Cette fille d'artisan a épousé un aristocrate de vieille souche, membre de la noblesse chapitrale des pays-bas méridionaux et de la principauté de Liège, et elle a consacré par son action personnelle le prestige de cette maison bien au delà de son époque."

 

Cécile Douxchamps-Lefèvre

Le testament de la comtesse d'Harscamp prévoit la fondation d'un hosipce appelé Hospice d'Harscamp en mémoire de mon très cher époux destinné à secourir les personnes des deux sexes en nombre égal agées de plus de 60 ans, issues d'une famille dont les père et mère ou les aïeux vivaient dans une honnête opulence et qui se trouveraient sans ressources pour subsister à charge d'en faire la preuve et de celle d'une bonne conduite avant d'être admises.

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