| La forêt de Montigny |
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En fait de « bois et autres propriétés foncières à Montigny-sur-Meuse et communes des environs », les biens laissés par Isabelle Brunelle comprenaient un territoire d’environ 700 hectares de bois et prairies, situé en territoire français, limité à l’ouest par la frontière franco-belge et à l’est par la Meuse, et s’étendant, du sud au nord, sur le territoire des communes de Fépin, Montigny, Vireux-Molhain et Vireux-Wallerand, ainsi que plusieurs îles ou parties d’îles sur la Meuse (2).
Sans que je puisse évidemment l’assurer, il semble néanmoins logique de considérer que le territoire de la forêt de Montigny correspond globalement à celui repris encore aujourd’hui sous de nom de « forêt de l’Hospice » dans la cartographie Michelin : La gestion de la forêt de Montigny, source importante de revenus pour l’Hospice fait l’objet d’un chapitre spécial de chacun des rapports consultés (3). Dès les années 1860, une diminution du revenu produit par les ventes ordinaires de bois est constatée et les causes en sont identifiées. On lit dans le rapport à l’assemblée du 16 mai 1865 : « La forêt de Montigny est traitée en taillis simple ; l’essence dominante est encore le chêne dans la plus grande partie, quoique la proportion de cette épave dans le peuplement soit considérablement diminuée et tend à l’être encore pour faire place aux bouleaux et aux coudriers qui peu à peu envahissent le sol au fur et à mesure que le bois s’éclaircit et que les clairières se forment (…). Les coupes s’exploitent actuellement à l’âge de 19 ans et sont de contenances inégales ; l’assiette de ces coupes n’est pas toujours régulière et plusieurs sont divisées en deux parties situées aux deux extrémités de la forêt. Les écorces forment le principal produit (…). Il est vrai de dire que les plus âgés du pays n’ont jamais vu ce bois qu’en taille simple ; il était peuplé d’essences de chênes avec pas ou très peu de mélanges ; mais anciennement ce taillis était très serré, vigoureux, élevé, tandis qu’aujourd’hui il est clair, d’une végétation affaiblie et fortement mélangée à d’autres essences (…) ; la vente des produits de la superficie est faite avec faculté d’essarter à feu courant. Ce mode a toujours été suivi depuis un temps immémorial et permet au petit particulier de se rendre acquéreur des portions, non pas tant pour faire bénéfice du bois, mais plutôt pour retirer une récolte de seigle. » Plus loin on lit encore : « Si encore, en pressurant cette propriété pour en retirer le plus grand revenu possible, on avait cherché à réparer les pertes résultant de l’exploitation et à l’entretenir dans son état normal de production, par des travaux d’amélioration bien conçus et surtout bien exécutés, la dégénération de cette forêt ne serait certes pas si avancée ». Quant aux remèdes proposés : « En conséquence, voici ce que la commission est d’avis qu’il convient de faire : 1. Nomination d’une personne ayant les connaissances spéciales voulues pour diriger l’administration de la forêt dans toute cette partie (…) ; 2. Admission à la pension des gardes actuels, et nomination de gardes jeunes, vigoureux, ayant quelqu’instruction et surtout intelligents ; 3. Définition claire précise des attributions de la personne chargée de la régie ; détermination de l’étendue de ses pouvoirs ; 4. Instructions claires, précises, des devoirs à remplir par les gardes, pour la surveillance, les exploitations, les travaux d’amélioration, rédaction de procès verbaux de délits, etc, enfin pour tout ce qui concerne l’ensemble de leurs fonctions ; 5. Adoption de cahiers des charges ou règlement pour l’exploitation des coupes de bois, de genêts, etc et pour l’essartage dans le cas qu’il soit pratiqué ; 6. Révision de l’aménagement de l’assiette des coupes, etc ; 7. Détermination des parties du bois où le traitement du taillis simple peut et doit être maintenu, où la futaie peut être introduite avec avantage et sans nuire au sous-bois, où le sol est complètement ruiné et où la culture des résineux doit être substituée, momentanément du moins, aux feuilles qui n’y prospèrent plus (…) 8. Suppression, en principe, de tout essartage, pratiqué exceptionnellement et dans le but de favoriser les travaux d’amélioration, etc ; 9. Réparation, amélioration et rectification des chemins de vidange (…) ; 10. Construction de deux maisons avec dépendances pour loger les gardes, dans la forêt, placées aux deux extrémités : l’une à l’entrée vers Vireux, et l’autre à la limite de la commune de Fépin, près de la Taille Nanquette ou tous autres endroits à choisir. Malgré la mise en œuvre de ces préceptes, malgré les travaux d’amélioration notamment aux chemins (4) en vue de faciliter l’exploitation de la forêt ainsi que l’acquisition de diverses parcelles permettant de relier la forêt à la Route Impériale (reliant Givet à Rocroi)(5) (6,) on note une progressive diminution des revenus provenant de l’exploitation de la forêt (7) : ainsi qu’il a été dit, la source principale de revenus consistait en la vente d’écorces ; les nouveaux procédés de tannage mis en œuvre à la fin du 19e et au début du 20e siècle auront raison de cette source de financement. Après les difficultés liées à la première guerre mondiale, impliquant l’impossibilité de percevoir les revenus de la forêt et d’adjuger les coupes ordinaires de bois, la commission annonce dans son rapport à l’assemblée du 16 mai 1919 : « Nous avons envisagé la vente de cette propriété qui a déjà donné tant de soucis à l’administration et qui est d’une surveillance difficile. Nous avons cherché à nous mettre en rapport avec le gouvernement français ». Il faut ajouter que l’Hospice d’Harscamp connaissait également à cette époque de graves difficultés, le déficit total cumulé atteignant en 1920 la somme de 212 773,32 francs, alors, pour fixer les idées, que les recettes de cet exercice 1920 s’élevaient à 131 733,46 francs. Alors que la commission envisageait une vente de gré à gré au prix de 500 francs l’hectare, le Ministre de la Justice estima que la forêt devait être exposée en adjudication publique sur une mise à prix de 400 000 francs (rapport du 16 mai 1921). La vente publique annoncée au 20 mai 1921 aura lieu pour le prix de 300 000 francs frais compris à un acheteur demeuré anonyme eu égard aux sources consultées. Cette vente sera approuvée par un arrêté royal du 20 février 1922. On retiendra encore que l’une des sources de revenus liée à la propriété de Montigny fut l’exploitation de carrières à pavés (8). Ainsi, le rapport présenté le 15 mai 1868 fait état de l’acquisition d’une prairie (d’une contenance de 38 ares 53 centiares 66 milliares) située à proximité des carrières en exploitation à Vireux-Molhain, celui de 1877 signale la concession, pour un terme de 18 années, à la société Van Ham, Beck et Cie à Anvers du droit d’exploiter des carrières à pavés dans une partie de terrain sise sur le territoire de Vireux, celui de mai 1878 relate l’octroi de deux nouvelles concessions pour l’exploitation de carrières de grès à ouvrir dans la propriété de l’Hospice d’Harscamp, à Montigny-sur-Meuse (9) et celui de 1882 fait état d’une convention en date du 10 janvier 1882 intervenu devant maître Camille, Notaire à Givet, portant concession du droit d’ouvrir et d’exploiter une carrière de grès dans une partie de terrain sise à Vireux. Ces terrains feront parfois l’objet de ventes ultérieures. On peut supposer en effet que c’est de cela qu’il s’agit lorsque le rapport 1885 mentionne la vente, moyennant le prix de 34.000 francs, d’une propriété inculte, partie boisée et partie en rocher, de la contenance de 20 hectares, six ares, 75 centiares, inscrite au cadastre sous le nom de Mont-Vireux et sise sur le territoire de Vireux-Molhain, tandis que la chose apparaît certaine lorsque le rapport à l’assemblée du 15 mai 1892 relate l’aliénation, autorisée par arrêté royal du 12 novembre 1891, de deux parcelles de terrain comprenant une carrière de grès en exploitation, rocher et bois, contenant ensemble 7 hectares 50 ares, territoire de Montigny-sur-Meuse, moyennant le prix de 30.000 francs. Avant de clore ce chapitre, je ferai mention des actes relatifs au droit de chasse dans la forêt de Montigny : ceux-ci devraient en effet nous renseigner sur l’évolution de la superficie totale de la propriété. Il ressort des documents consultés que ce droit fut adjugé le 6 avril 1868, pour une période expirant le 15 août 1874 sans autres précisions de superficie (rapports 1869 et 1874) ; le rapport présenté le 15 mai 1881 mentionne quant à lui la remise en location pour un terme de neuf années commençant le 15 août 1880 et l’adjudication au maire de Vireux-Molhain, en citant un superficie totale de 684 hectares 89 ares. Bien que dans l’intervalle une nouvelle adjudication ait du être effectuée, il faut attendre le rapport 1901 pour apprendre - et ce sera là la dernière mention de l’attribution de ce droit – qu’une nouvelle adjudication eut lieu le 20 novembre 1900, en portant sur une contenance de 657 hectares. |
Cécile Douxchamps-Lefèvre