De l'Hospice à la Maison d'Harscamp
Le Comte Pontian d'Harscamp épousa,en 1748, Mademoiselle Isabelle Brunell, à Aix-la-Chapelle. Les jeunes époux habitèrent la Hongrie, puis vinrent s'installer au château de Fernelmont à Noville-les-Bois.
Le Comte Pontian d'Harscamp y mourut le 1er mai 1794, à l'âge de soixante-dix-sept ans et fut inhumé au cimetière de Noville-les-Bois.
La Comtesse d'Harscamp administra personnellement ses biens jusqu'au 8 mai 1805, date à laquelle elle mourut subitement.
La Comtesse avait rédigé son testament le 29 janvier 1805. Elle légua une somme très importante afin d'établir un nouvel hospice et affecta l'hôtel d'Harscamp, jue de l'Ange à Namur, aux fins de loger les personnes des deux sexes, en nombre égal, âgées d'au moins soixante ans, issues d'une famille dont les pères ou les aïeux ont joui de quelque fortune et qui se trouvent sans ressource pour subsister, sous la condition d'en faire preuve et de justifier d'une bonne conduite avant d'être admises.
Estimant que les locaux de l'Hôtel d'Harscamp étaient trop exigus, les membres des Hospices furent autorisés, par la loi du 8 septembre 1807, à acquérir le couvent des pères Récollets pour y établir le nouvel hospice; il fut inauguré le 1er octobre 1812. La Maison d'Harscamp est aujourd'hui gérée par le Centre Public d'Aide Sociale de Namur, anciennement Commission d'Assistance Publique.
La Fondation d'Harscamp d'Hier à Aujourd'hui
Par décret du 26 septembre 1811, l'Empereur Napoléon avait approuvé le règlement de l'hospice d'Harscamp.
On peut notamment y lire :
- Art. 13 : II y aura une salle particulière où, conformément au testament de la dame d'Harscamp, les parents de son époux pourront se réunir pour user des droits et prérogatives qui leur sont attribués par son testament.
La commission des hospices fournira aux frais de bureau et autres objets dont ils pourraient avoir besoin.
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- Art. 14 : Les exécuteurs testamentaires de Madame d'Harscamp nommeront, conformément à ses intentions, et en premier lieu, les individus des deux sexes qui participeront à cette fondation, et dont le nombre sera déterminé, conformément à l'art. 3 du présent.
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- Art. 15 : Cette première nomination faite, celles qui auront lieu par la suite appartiendront aux parents mâles, en âge de majorité, de Monsieur d'Harscamp, défunt époux de la fondatrice, dont la liste a été formée par les exécuteurs testamentaires, ensuite du testament du dit Monsieur d'Harscamp. Lesdits parents recevront les preuves des autres parents qui se présenteront, à l'effet de les admettre ou de les rejeter, sauf le recours de ceux-ci, dans le dernier cas par-devant le préfet.
Aujourd'hui, les parents du Comte d'Harscamp (les collateurs ) se réunissent deux fois par an, les 16 mai et 16 novembre, pour examiner les comptes et budgets de la Fondation et procéder à l'admission des pensionnaires.
Au fil des années, les conditions d'admission ont été revues par les différentes assemblées générales et pour la dernière fois les 16 novembre 1977 et 1988.
Conditions d'Admission à La Fondation d'Harscamp
Sous déduction d'éventuells ressources des candidats résidants, la Fondation d'Harscamp prend à sa charge le coût total de l'hébergement à la maison d'Harscamp (frais de séjour, frais médicaux, pharmaceutiques, de kinésithérapie, etc...)
Au fil des années, les conditions d'admission ont été revues par les différentes assemblées générales et pour la dernière fois les 16 novembre 1977 et 1988.
Les voici :
"Toute personne qui souhaite être admise parmi les bénéficiaires de la Fondation d'Harscamp doit produire les pièces suivantes :
Une demande d'admission signée par l'intéressê(e) précisant qu'il (elle) ne possède pas de ressources suffisantes pour payer la pension exigée à la Maison d'Harscamp et qu'il(elle) demande donc d'être admis(e) par les Collateurs de la Fondation d'Harscamp.
L'intéressé(e) aura soin de donner la nomenclature de ses ressources, biens immobiliers, titres, pensions, etc... En effet,seules les personnes appartenant à une famille dont les parents ou aïeux ont eu de la fortune ou qui ont eu elles-mêmes de la fortune ou une situation correspondante sont admises; il est donc nécessaire de le prouver.
Une déclaration donnant le chiffre exact de la pension annuelle que 1'intéressé(e) peut payer. En cas de déclaration de ressources erronée, la Fondation d'Harscamp se réserve le droit de réclamer les sommes dues pour insuffisance de pension.
Un extrait de l'acte de naissance sur papier libre : minimum exigé : 60 ans.
Une attestation de six notables, de préférence de la commune habitée par le(la) postulant(e) attestant que les parents ou aïeux de l'intéressé(e) avaient eu de la fortune ou une situation correspondante et attestant la moralité et la situation antérieure et actuelle de la personne qui souhaite être admise par la Fondation.
Une déclaration du Centre Public d'Aide Sociale du domicile attestant que 1'intéressé(e) n'a jamais mendié, qu'il(elle) n'est pas actuellement hébergé(e) à ses frais à la Maison d'Harscamp et que l'état d'infortune auquel il(elle) se trouve réduit(e) n'est pas résultat de son inconduite.
Se soumettre préalablement à une visite médicale auprès du médecin responsable de l'organisation médicale de la Maison d'Harscamp qui délivrera une attestation certifiant que les demandeurs ne sont atteints d'aucune maladie contagieuse."
Au terme de cette étude, il ne nous a pas paru nécessaire de rajouter de grandes conclusions : à chacun d’en tirer les siennes.
Une chose cependant reste : une sorte d’émerveillement et de fascination face à l’œuvre accomplie par tous les acteurs de cette longue et passionnante histoire qui a débuté il y a bientôt deux siècles et dont l’avenir est plein de projets à ce jour.
D’une part, il y a le collège des Collateurs et leurs présidents successifs qui y sont liés à des titres divers pour la plupart par parenté avec le comte Pontian d’Harscamp, mais aussi et surtout par générosité, dévouement et attachement à des idéaux nobles et désintéressés ; pour d’autres, parce qu’être membre d’une institution bicentenaire renforce les liens d’appartenance à un groupe qui maintient des traditions respectables. Avec le temps et les changements au sein de notre société, leur rôle face à l’indigence s’est amenuisé et a évolué vers la gestion d’un patrimoine immobilier important, garant de ressources stables mais dont, demain, il leur faudra peut-être trouver de nouveaux axes d’utilisation dans l’esprit de la bienfaitrice et en symbiose avec l’administration du CPAS de Namur.
D’autre part, il y a ces dizaines d’administrateurs et présidents de la Commission administrative des hospices civils, puis de la CAP ou du CPAS de la ville de Namur, qui ont fait et continuent à faire preuve également d’un grand dévouement pour les pauvres. Sur le terrain, ils ont géré au quotidien l’hébergement et l’entretien des trois mille et quelques58 pensionnaires reçus au titre de bénéficiaires de la Fondation d’Harscamp. Les problèmes matériels et financiers furent nombreux sur une aussi longue période et les conflits avec les Collateurs fréquents, du moins durant une partie du XIXe siècle ; la législation et les règlements furent moult fois changés, et les deux guerres mondiales apportèrent des moments difficiles pour tous. Ces difficultés vécues durant le siècle écoulé ont fait comprendre à tous la nécessité de travailler ensemble. Les relations entre l’Assemblée des Parents et les membres de la Commission n’en sont devenues que plus cordiales et concordantes.
Mais il y a encore tous ces anonymes, sœurs hospitalières jusqu’en 2001, personnel soignant ou d’entretien, cadres administratifs ou personnel subalterne, qui s’efforcent d’apporter ce supplément de bien-être qu’avait souhaité Isabelle Brunelle. Ce sont eux qui humanisent aujourd’hui la maison de retraite en prodiguant leurs compétences professionnelles et leurs sourires pour entourer des personnes âgées vivant de plus en plus longuement.
Enfin, au cœur de notre Fondation, s’inscrivent les pensionnaires, qui ont vu leur nombre et leur statut complètement bouleversés durant les 195 ans d’existence et de fonctionnement de la Fondation. Certes les chapitres qui précèdent, par la multiplicité d’exemples concrets, auront peut-être fait découvrir une réalité moins rose que celle que l’on voudrait ne retenir au terme d’un tel survol. Il est certain que les dernières années d’une vie dans un hospice au XIXe, voire loin encore dans le XXe siècle, présentèrent toujours un caractère difficilement acceptable pour notre regard contemporain. Les choses ont radicalement changé depuis un demi-siècle et cela au plus grand bénéfice de ceux qui vivent dans le dénuement et au crépuscule de leur vie. Même réduits à quelques unités, après avoir été 260 au milieu du XIXe siècle, ils demeurent les humbles maillons de la chaîne humaine qui depuis 1812 perpétue le souvenir d’une bienfaitrice hors pair.
Quant au patrimoine colossal qui fut légué à la Fondation par la comtesse d’Harscamp et que nous avions estimé largement au-dessus des dix millions d’euros actuels, il a suivi les aléas de l’histoire. De l’immobilier de départ cédé par testament, il ne reste plus aujourd’hui que quelques terres autour des deux fermes de Boing, situées dans la commune hesbignonne de Héron et une église classée patrimoine exceptionnel de Wallonie, avec une vocation culturelle encore à créer. Quant au reste, il n’est plus, tout a été vendu ou transformé. D'autres biens néanmoins ont pris la relève et assurent la sécurité financière future de l’Institution.
Puisse cette Fondation d’Harscamp nous apporter de nouvelles pages à écrire. Nous lui souhaitons bon vent à l’aube de ce troisième millénaire.